Limp Bizkit “Significant Other”
(1999)
EN QUELQUES MOTS
Aujourd’hui on va vous parler d’un groupe de néo métal qu’on adore détester : Limp Bizkit ! En 99, une bande d’énervés menée par un certain Fred Durst, explose avec un album qui va redéfinir la fusion entre rap et métal. Son nom ? Significant Other.
Si le nu-metal avait déjà montré les crocs avec Korn et Deftones, Limp Bizkit va le transformer en un phénomène de masse. Car la formule est explosive : un son lourd, des riffs accrocheurs et des gros beats hip-hop. Avec des titres comme Nookie, Break Stuff, N 2Gether now, ou Re-Arranged, Significant Other va rapidement devenir l’hymne d’une génération en quête de rébellion.
Le succès de Limp Bizkit est immense. Autant vénéré que détesté, le groupe va pourtant se mettre une partie de l’industrie à dos, et la figure de Fred Durst, meneur arrogant, provocateur et parfois excessif, continue de diviser encore aujourd’hui.
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Retour en 1999
Voilà pour les 15 titres officiels de Significant Other. Un peu plus en vrai car il y a des interludes, des titres cachés, c’est difficile de compter. Il y aura 3 titres bonus sur certaines ré-édition dès l’année suivante, bande de petits coquins !
L’album sort le 22 juin 1999 en CD, Cassette et Vinyle sur le label Flip. Le label est distribué par Interscope, la maison de disque la plus dingue des 90s : c’est celle de Dr Dre, Eminem, No Doubt et Marilyn Manson.
Les années 1990 ont été la décennie la plus passionnante du métal. En 1999 c’est d’ailleurs une grosse année pour le métal, on peut saluer notamment la sortie du premier album de Slipknot, “The battle of los angeles” de Rage Against the machine”, “Issues” du Korn, du “Time of Grace” de Neurosis. Metallica sort son album symphonique “S&M” c’est d’ailleurs avec ce disque que je découvre Metallica j’ai un peu honte de le dire.
Mais le plus vendeur de métal de l’année c’est Limp Bizkit, et ouais ! Malgré tous les doigts d’honneur de Fred Durst et ses prises de position anti-mainstream, il est important de rappeler que Limp Bizkit était absolument énorme. Significant Other a détrôné les Backstreet Boys du sommet des charts souvenez-vous !
1999 c’est aussi l’année de Britney Spears, de Manu Chao, des Chemical Brothers et des Destiny Childs, de Muse, Moby, Dr Dre du 113 bref que des albums de ouf qu’on a chroniqué dans Radio K7. ça doit être l’année qu’on a le plus souvent chroniqué dans Radio K7 d’ailleurs, à vérifier.
La story de Limp Bizkit
Manu : Aujourd’hui, on s’attaque à un monument du nu-metal : « Significant Other ». Mais avant de se plonger dans l’album et son histoire, rapide petit topo, Olivia : c’est quoi le néo metal ?
Tout commence au début des années 90. A l’époque, on le sait, c’est le grunge qui règne en roi. Le rock alternatif est en train de déboulonner les restes du glam, et le metal cherche un moyen de rester pertinent sans sombrer dans l’auto-caricature. Finito les solos trop techniques, les longs cheveux noirs corbeau et l’imagerie mystico-satanique. Apparaît en 1994 alors un petit groupe originaire de Bakersfield, en Californie, du nom de Korn.
INSERT — KORN – BLIND
https://www.youtube.com/watch?v=x81SMw8qUh0
Les mecs de Korn sont bizarres, carrément étranges voire tout à fait timbrés. Mais très vite, les tarés prennent le contrôle de l’asile et deviennent le nouveau visage du rock. Les riffs se mêlent allègrement aux influences hip-hop, le tout saupoudré d’une bonne dose d’adolescence mal digérée.
Il y a donc Korn, on vient d’en parler, les pères fondateurs du genre. On peut aussi citer Deftones : probablement les plus respectés car ils ont rapidement pris une direction plus alternative, moins caricaturale. Slipknot, aussi : Eux, ont carrément opté pour la version « plus c’est violent, plus c’est bon ». Les gars s’amusent à respirer l’odeur d’animaux morts pendant leurs concerts. On peut encore évoquer Coal Chamber : Les vrais gothiques du nu metal, petits joueurs à côté de Marylin Manson certes mais un bon niveau de cosplayers vénères.
Manu : Et puis, il y a Limp Bizkit !
Tout commence en 1994 à Jacksonville, en Floride. Fred Durst, tatoueur de profession et rappeur à ses heures perdues, s’associe avec le bassiste Sam Rivers, le batteur John Otto et le guitariste Wes Borland. Durst choisit le nom de Limp Bizkit, qui veut dire « biscuit mou ». Apparemment, il cherchait délibérément un nom qui dégoûte les auditeurs. Bien joué ! Leur objectif ? Créer une musique hybride mêlant l’énergie brute du metal et le flow du rap. Le groupe se forge rapidement une réputation locale grâce à des performances scéniques explosives.
Manu : Gros coup de chance pour eux, lors du passage de Korn à Jacksonville en 1995, le bassiste du groupe, Fieldy, se fait tatouer par Fred Durst, ils deviennent potes. Et Fieldy repart avec leur maquette sous le bras.
INSERT — LIMP BIZKIT – Démo
https://www.youtube.com/watch?v=bYNlu3rToFI&ab_channel=limpbizkitunderground
De la chance en effet, ils en ont eu, mais ils ont aussi bénéficié d’un sacré bon timing ! Limp Bizkit signe chez Flip, un sous-label d’Interscope Records. Leur premier album, « Three Dollar Bill, Y’all », sort en 1997, à l’apogée du nu metal. Mélange de rap, de metal et punk oscillant avec le grunge au niveau de la qualité sonore, le disque est porté par une reprise musclée de « Faith » de George Michael, on l’écoute au Late Night Show de Conan O’Brian, où ils viennent faire les cons accompagnés de Kid Rock.
INSERT — Limp Bizkit “FAith” Live Late Night Show
https://www.youtube.com/watch?v=vS4Linv8Zk0
Avec 250 000 exemplaires vendus, l’album remporte un petit succès aux Etats-Unis mais ce n’est rien avec ce qui les attend l’année suivante :
Mais grâce à une tournée conséquente en première partie de Primus, Faith No More et Deftones, les ventes de l’album décollent. Très vite, ils apparaissent comme les outsiders, les sales gosses de la bande : c’est Fred Durst, le leader, qui est particulièrement incontrôlable. Il se présente comme le DJ en chef du nu metal. Il insiste tout de même sur un point : derrière ce côté prétentieux et cinglé se cache un petit garçon timide. Enfant, il était victime de harcèlement et trimballe depuis ce vieux trauma. Limp Bizkit, c’est sa revanche. Ce gros doigt d’honneur qu’il balance à tous ceux qui n’ont pas cru en lui et se sont moqués :
“Ils ont ruiné ma vie et je pensais qu’ils avaient aussi ruiné la vie de nos fans. Je me suis dit que les gens s’identifiaient à moi; j’étais un gars qui avait dû se battre. L’ironie, c’est que les oppresseurs ont commencé à aimer la production de Limp Bizkit …”
Et cette revanche, ils vont bien la savourer ! LB devient synonyme d’un certain hédonisme, qui le début de l’âge d’or du nu metal. Soudain ces mecs pas très beaux pas très populaires et carrément creepy rencontraient un certain succès avec la gent féminine :
« J’étais un garçon incapable d’approcher les jolies filles. Je suis passé de ça à des salles remplies de gens qui étaient prêts à faire n’importe quoi pour moi. Et j’en ai profité autant que je le pouvais ! Un jour, j’ai vu une quinzaine de filles pliées en deux. Une nana s’amusait à mettre des fraises dans son cul. On était genre : « C’est quoi, ce délire ? Ce sont des trucs qu’on ne voit que dans les vidéos de Mötley Crüe ! »
Manu : Limp Bizkit comprend vite que le succès est à portée de main et qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Ils enchaînent directement sur un 2e album, « Significant Other », qui sort en 99… à peine 2 ans plus tard.
INSERT — NOOKIE (live MTV)
https://youtu.be/wCE-ftH14xQ?feature=shared&t=518
Et à quelques mois près, c’était foutu pour la chronique dans Radio K7… coucou l’an 2000 ! Significant Other, donc, c’est LE tournant majeur pour le groupe. Fortement influencé par le hip-hop, il est construit dans une optique plus commerciale que le précédent, avec une série de titres accrocheurs destinés à élargir leur public. La volonté d’Interscope est alors de pouvoir produire un album capable de dominer les charts et que MTV joue les clips en continu.
Manu : Pour cela, ils ne lésinent pas sur les moyens. On y retrouve des collaborations prestigieuses avec la crème de la crème de l’époque : Jonathan Davis de Korn, le mec de Stone Temple Pilots sur « Nobody Like You », le mec de Staind sur « No Sex » et plus étonnant : Method Man sur « N 2 Gether Now » histoire d’avoir un crédibilité dans le rap game.
Sans faire preuve de la moindre modestie, Fred Durst se vante de l’incroyable potentiel de Significant Other, dans une interview avec MTV. Ce titre ouvert à l’interprétation peut être compris de multiples façons, ce que Durst qualifie de coup de génie :
Significant Other. C’est un tel titre, tu vois ce que je veux dire ? Il n’a aucune limite dans sa signification. Tout ce que c’était avant—un album, un groupe, des attitudes, des sentiments—c’est le significant other. C’est… un nouveau niveau. Que ce soit un niveau inférieur ou supérieur, ce sont nos fans qui en décideront.
Derrière la vantardise affichée du leader, l’album réussit à imposer son énergie et son inventivité. Les émotions sont réelles : la colère, la peur, l’humour et une forme d’insécurité. Et contrairement au précédent, le succès est immédiat cette fois : « Significant Other » débute directement à la première place du Billboard 200, avec 650 000 exemplaires vendus la première semaine. L’album sera certifié sept fois disque de platine et s’écoule à plus de 16 millions d’exemplaires dans le monde.
Manu : LB est absolument partout. Ils font la une de tous les magazines musicaux : Spin, Smug, Guitar One, New Music Monthly… Selon Fred Durst, « tout le monde leur lèche désormais les bottes ».
Il faut dire que chez Interscope Records, tout a été mis en œuvre pour que LB deviennent le groupe super star: ils iront même payer une station de radio de Portland 5 000 $ pour diffuser Counterfeit en boucle… ce qui est un tout petit peu illégal quand même.
Manu : Et la critique, elle en pense quoi de l’album à l’époque ?
Je vais pas te mentir. C’est pas terrible. Certains comme le site AllMusic considère que l’album est « considérablement plus ambitieux et multidimensionnel » que leur premier opus. C’est gentil de le relever ! Mais globalement le reste de la critique est assez « biscuit mou » : The New York Times trouve leurs « tempos ennuyeux » et estime que Fred Durst manque de talent vocal.
Le site NME tape même beaucoup plus fort :
Avec une dizaine de titres de trop, « Significant Other » est terriblement branché – un peu Cypress Hill , un peu Rage Against The Machine , un peu comme une voie directe vers un mal de tête. Ils veulent absolument être crédibles, mais veulent désespérément réitérer le succès de leur premier album, vendu à 1 million et démi d’exemplaires. Le résultat est un mélange de hip-hop hardcore et de refrains fades, parfaits pour la radio. Les gars de MTV sont peut-être impressionnés. Mais pas nous.
Manu : Et pourtant on peut dire que Limp Bizkit avait préparé le terrain : ils ont demandé à Matt Pinfield, un présentateur de MTV de faire l’apologie de l’album dans le disque lui-même ! Il apparaît dans l’outro qui dure trois plombe et raconte combien leur musique « est rafraîchissante dans une époque saturée de radio caca ». Extrait :
INSERT — OUTRO
I’m so fucking tired with that shit that I’m hearing on the radio
Radio sucks!
The same fuckin’ songs over, and over again!
All the weak ones, all that disposable crap that isn’t gonna matter in 3 months, it’s just shit! It’s crap, Fred!
Fred, I’m telling you there’s nothing but shit goin’ on, and we need some new music
W-wha- What about Limp Bizkit?Limp Bizkit is fuckin’ cool, you guys are cool, the new record’s great!
But fuck all that other shit! I’m so sick of all that weak shit that’s takin’ up space on the charts
Fuck that shit, Fred! I’m outta here!
L’autre problème avec LB, c’est la personnalité de Fred Durst – particulièrement clivante. Il est autant adoré que détesté. Même au sein de son propre groupe puisque, spoiler alert, Wes Borland, le guitariste, finira par claquer la porte deux ans plus tard en 2001, exaspéré.
Manu : Mais avant ça, il y a le fiasco du festival Woodstock 1999, où trois personnes ont trouvé la mort dans le chaos de cette édition anniversaire du célèbre festival de Woodstock 30 ans plus tôt…
Ce soir-là, LB joue devant près de 200 000 personnes. C’est la folie totale, c’est le troisième jour que les festivaliers passent sur le bitume, sous un soleil de plomb, il y a peu de points d’eau et de toilettes. Fred Durst se rend compte qu’il a le pouvoir de faire se déchaîner une foule déjà hors de contrôle. Il chauffe le public :
INSERT — Netflix VF (Woodstock 99)
https://www.netflix.com/watch/81337101?trackId=14277281&tctx=-97%2C-97%2C%2C%2C%2C%2C%2C%2C%2CVideo%3A81280924%2CdetailsPagePlayButton
“Les gens se blessent. Ne laissez personne se blesser. Mais je ne pense pas que vous deviez vous calmer. C’est ce qu’Alanis Morissette vous a fait faire, bande de cons. Si quelqu’un tombe, relevez-le. On a déjà libéré l’énergie négative. Maintenant, on veut libérer l’énergie positive”
L’histoire tourne mal : la combinaison de la chaleur étouffante avec l’alcool, la drogue, la bêtise teintée d’une dose de masculinité toxique de la part d’une partie du public et le manque d’anticipation de l’organisation motivée par la cupidité, a provoqué des situations de chaos, bagarres, destruction des installations, incendies, agressions et viols. 3 morts, 44 arrestations, 10 000 personnes ayant eu recours des soins. Un carnage.
Evidemment Fred Durst a toujours nié toute responsabilité dans cette gigantesque baston. Mais cet épisode va venir considérablement entacher la réputation du groupe.
Manu : Mais qu’importe, le groupe ne se démonte pas. Et malgré ces critiques, on ne peut pas nier l’impact de « Significant Other » sur la scène musicale de l’époque. Des titres comme « Nookie », « Break Stuff » ou « Re-Arranged” sont devenus emblématiques.
Oui car Significant Other capture parfaitement l’essence de la fin des années 90, avec ses excès et son mélange des genres. Il a ses moments flamboyants, notamment grâce des invités prestigieux et plusieurs tubes, mais aussi certaines faiblesses qui font tomber le groupe dans la caricature. Provocateur, inégal, mais indéniablement marquant, Significant Other reste une pierre angulaire du nu-metal et un témoignage de cette époque révolue où le rap et le metal s’apprivoisaient. Pour terminer et résumer un peu l’époque, je laisse la parole à Dez, le chanteur de Coal Chamber :
Quand je regarde en arrière, je mesure à quel point le mouvement néo métal a été important. Les grands groupes que vous voyez aujourd’hui à l’œuvre – Slipknot, Korn, System of a Down – viennent de cette scène. Pour une raison très simple : elle était très différente. Je parle de la musique, du look, des artistes. Il y avait quelque chose, dans cette scène, qui venait du plus profond de l’âme. Nous avons été fiers d’en faire partie.
INSERT — LIMP BIZKIT – TAKE A LOOK AROUND
Manu : Merci Olivia pour cette chronique ! C’est marrant il y a vraiment une incompréhension autour du néo-métal, je dirai même qu’il y a une fracture entre le public et les critiques. Dans les cercles musicaux sérieux, l’héritage du néo metal c’est surtout celui de la dérision et du ridicule : c’est vraiment le bas-fond culturel dépourvu de bon goût ou de bon sens. Il sera même qualifié par le journal NME de « pire genre musical de tous les temps ». En face il y a les fans, un public de blancs becs, des kids en baggy qui viennent de banlieues. Comme le dit le manager du groupe lui-même, (je cite) Limp Bizkit ne vient pas de l’élite, ils parlent au fan de rock moyen, ils défendent les outsiders du monde entier”. j’ai l’impression que les critiques cherchent un message alors qu’il n’y a rien à comprendre, c’est une voie sans issue. Pas de message, pas d’engagement politique. Juste un exutoire. Et c’est peut-être très bien comme ça. Vous en pensez quoi ?
Le making-of de "Significant Other"
Manu : Aller on va tenter d’y voir plus clair et de remonter aux sources, à la définition même du néo-métal avec toi Greg. Depuis quand ça existe le néo-métal ?
Y’a une date anniversaire oui c’est 1994, mais on l’a compris hein le néo métal c’est une grosse fusion, un gros mix de genres, ça vient pas de nulle part.
Ça vient du trash métal des années 80 et du hip hop, avec des petites touches d’indus, de funk de tout ce que vous voulez, une fusion en gros…
Mais evidemment y’a des origines et c’est pas la première fois qu’on a du métal avec du rap : y’a déjà eu des véritables collaborations souvenez-vous y’avait :
INSERT — 1
Run DMC (rock box 1984) rock box et Aerosmith, en 1986 ou même à Anthrax et public Enemy en 89.
Mais à la différence de ces collaborations, au début des années 90 on a des vrais groupes qui composent du rap/rock ou de la fusion, : Red hot, rage the machine, les Beastie boys, Primus, Body Count le groupe du rappeur ice T
Manu : Okay mais ça c’est pas encore du néo métal, parce qu’on l’a dit ça commence pour de vrai en 1994 avec Korn…
Oui c’est ça c’est eux qui vont codifier le genre. Sans surprise, c’est du métal donc il faut que ce soit extrême…
-Des mégas guitares 7 cordes avec des accordages bizarres qui font soit des petits riffs funky bizarres soit des énormes accords mais pas vraiment de solo guitar hero
– Grosse Basse 5 ou 6 cordes… souvent slapée (attention c’est ce qui fait qu’aujourd’hui c’est inécoutable)
– Batteries métal et hip hop qui s’auto-influencent. On a souvent des caisses claires qui font un peu bling
– Du chant entre cri et rap et gémissements, au choix selon les groupes.
– Des platines pour envoyer du scratch, des samples, des séquences
Et voilà, après vous faites votre sauce avec tout ça, au choix : par exemple dans le premier album de Korn y’a pas énormément de rap.
Vous avez une palette pour vous exprimer vous piochez dedans.
La philosophie néo métal : péter les barrières musicales mais aussi péter les barrières sociales et culturelles.
Manu : Et donc la production de Significant Other, ils vont la confier à qui la réalisation de l’album ?
Il vont la confier à Terry Date, de toute façon y’en a pas 3000 des gars qui savent faire.
Rick Rubin un des premiers a travailler sur le rap et le metal avec Beasties boys, slayer et run dmc, system of a down.
Ross Robinson : le parrain du néo métal : C’est lui qui fait le premier album de Korn en 1994, c’est lui qui fait le premier album de limp Bizkit, c’est un mec qui adore passer les guitares dans plein de pedales d’effets.
Terry Date : c’est l’autre Ross Robinson, et c’est lui qui va réaliser l’album dont on parle aujourd’hui
Voilà, le néo métal est lancé, on est en 1994, Kurt Cobain se suicide la même année, est-ce qu’il y a un lien je ne sais pas…..
Toujours est-il qu’on change d’époque, on change de son, et la vague néo métal va déferler sur le monde mais aussi en France.
On va pas se priver d’un petit medeley de nos meilleurs groupes néo métal français.
INSERT — Medley neo metal français
- Enregistrement de l’album significant other
Okay revenons maintenant à Significant Other.
Dans une interview ils racontent vouloir aller plus loin, que ce soit musicalement plus riche…
Ils veulent prouver que ce n’est pas que un cover band de George Micheal, qu’ils ne sont pas des bébé-Korn et qu’ils vont pas faire un 2 eme album de merde.
Leur but c’est le next level et le next level c’est presque le mainstream, et limp bizkit va jouer de meilleures cartes que les autres groupes pour s’en approcher….
Qu’est ce qu’il faut pour faire un album qui va tout péter :
Ne pas perdre de temps :
ils surfent sur leur début de popularité qu’ils ont gagné avec le Family values tour, et partent enregistrer sans prendre de pause. Ca va se passer au studio NRG à Holywood….
Ce qui est drôle c’est que pour le premier album ils étaient un peu surpris d’être là en studio et ils se posaient pas trop de questions, ils avaient juste à kiffer….. Là les fans et la maison de disque les attendent au tournant alors ils sentent qu’ils doivent prendre réellement leur place et construire quelque chose.
Un bon Réal :
Pour ça ils prennent Terry date un réalisateur un peu plus âgé que le pape Ross Robinson.. Un mec quand même habitué au gros son car il a bossé avec Soundgarden, Pantera, white Zombie et deftones.
Lui il rentre pas dans le processus de composition mais qui trouve LE son
Composer l’album
Ils revendiquent de composer comme un groupe de rock à plusieurs, pas comme les Britney et autres Christina qu’ils adorent accuser d’être des produits du système contrairement à eux…
En vérité y’a quand même 2 pôles dans le groupe celui de Fred et du guitariste Wes Borland, ils s’embrouillent sur les directions à prendre, mais c’est le compromis des deux qui va faire l’album.
A noter que les structures sont très pop avec des refrains chantés, des petits gimmicks qui attirent l’attention. on alterne entre des morceaux speed et plus lents, le tout reste tout de même assez extrême.
Des lyrics qui tâchent :
Des thèmes bien clichés du rocker : les filles elles sont méchantes avec moi elle m’ont brisé le coeur, les gens ils étaient méchant avec moi au collège alors je vais décharger ma haine et ma revanche dans mes paroles.
Mais à côté de ça il y a quand même un enjeu parce que Fred Drust a pas hyper bonne réputation, on l’a taxé d’être un gros beauf dans ses paroles, alors doit essayer d’écrire mainstream rock, on sera pas sur du Vincent Delerm…
Évidemment ça reste très très teenager, rébellion, provocation, la destruction, give me something to break.
Du networking :
Ratisser large y’a des featuring à gogo…. Jonathan Davis de Korn, Les claypool de Primus, le gars des stone temple pilots dont personne connait le nom…
côté rap, rien de moins que Method man pour faire un morceau 100% rap beatmaké par DJ premier.
Ca tient beaucoup à coeur à Fred Drust qui souhaite vraiment être validé par le monde du rap.
Un morceau avec Eminem qui n’est pas sur l’album
Du marketting : déguisements pour wes Borland qui contraste avec l’uniforme casquette rouge de fred drust. site web, clips, concerts : on sort l’artillerie lourde : l’industrie sent le pognon.
Riding the gravy train comme disait pink floyd dans le celebre titre have a cigar.
Du storytelling : pas de grand album de rock sans embrouilles. Ca fait un peu parti du storytelling classic des groupes de rock : mais selon la légende c’était tendu, Fred veut tout maitriser, les autres sont pas forcément. Bref rien de nouveau sous le soleil….
Le son Limp Bizkit
On commence avec l’intro..; Très influencée hip hop, là c’est déjà bien processé. Mais je pense qu’il y’a un peu de resampling, En tout cas c’est ce que ça m’évoque.
Puis on passe sur le refrain metal, je trouve que toute seule la batterie est pas ouf.
caisse claire qui fait gling pas très jolie, un gros Kick.
Toute la batterie seule, qui sonne pas ouf toute seule je trouve, mais quand y’a la guitare et la basse ça marche très très bien.
- Le couplet : on a cette basse qui fait un riff bancale, un peu hypnotisant.
- Accompagné de la guitare qui fait ce riff avec un son très clair, très pas du tout disto, pas d’écho,
- Un peu bancale aussi mais ça marche très bien. Ça rappelle un peu le sampling aussi.
- Un petit clavier joué par le frère de Borland qui fait un peu penser à des Klaxons.
Retour partie metal :
- enorme basse avec disto
- Énorme guitare disto, plein de guitares
On va écouter Fred maintenant.
- Fred il rappe aigu, il rappe bien
- Des back, on se demande si il pompe pas un pas un peu sur Eminem
- Y’a du Delay sur sa voix, y’a plusieurs prises qui se mélangent c’est très bien fait
Sur la partie métal
- bah il a rien à envier à un chanteur de rock, il sait bien gueuler, c’est pas trop extreme non plus c’est pas du cri affreux torturé, c’est du cri acceptable
Voilà pour le son de Limp Bizkit. Selon moi ils ont une identité, c’est le groupe qui musicalement a le mieux vieilli pour moi finalement, y’a vraiment des mélodies, on est presque dans le mainstream oué !
Manu : Merci Greg pour cette chronique ! Il y a un truc dont on n’a pas parlé, c’est du clash entre Eminem et Fred Durst qui je le rappelle sont sur le même label, Interscope. Au départ, tout roulait. Eminem c’est le bon pote qui accepte de faire un caméo dans le clip de “Break Stuff”, ils enregistrent même ensemble un morceau mi-clash mi-blague sur la célébrité et les filles, un featuring qui s’appelle “Turn Me Loose”. Extrait.
INSERT — Turn me loose
Prévu pour Significant Other, le titre est finalement écarté parce que Fred Durst trouve la prod trop faible. Pas question de sortir ce featuring juste pour le nom, dommage.
L’histoire tourne mal quand DJ Lethal prend le parti du rappeur Everlast, alias Whitey Ford, dans un clash contre Eminem. Résultat : Eminem riposte dans Girls, une face B où il humilie Lethal et clashe Fred au passage. Fanny tu pourrais nous le faire en mode Eminem stp ?
« Yo Lethal, you’re not a gangster / You’re just an ethnic joke. » « Fred, you’re a wannabe black guy / Whitey Ford’s gonna whoop your ass. »
ce qu’on pourrait traduire par “« Yo Lethal, t’es pas un gangster — t’es juste un cliché ethnique. Et toi Fred, t’es un blanc qui se prend pour un noir — Whitey Ford va te péter la gueule ! »
Dès lors, plus de sourire. Eminem ridiculise Fred dans les médias, sur scène. Limp Bizkit ne répond pas, mais le froid est total. Voilà ce que ça donne : une collaboration avortée, un ego trip mal digéré — classique des années 90 où rap et rock font des étincelles… pour le meilleur comme pour le pire.
ça vous a plus cette histoire ? Vous en voulez encore ?
L'univers visuel de Limp Bizkit
Manu : ça tombe bien parce qu’on va maintenant plonger dans l’univers visuel fascinant de Limp Bizkit avec toi Fanny. Te connaissant je suis sûr que tu as a-do-ré !
Fanny : Bon j’avoue j’ai un peu traîné des pieds avant de me plonger dans l’univers graphique de ce groupe qui sent la bière tiède, les figures de skate mal maîtrisées et le gel coiffant de chez Seven Eleven… La pochette de l’album Significant Other, c’est… comment dire… un petit chef-d’œuvre de mocheté sublimée.
Je dis sublimé, oui, parce que c’est pas non plus la cata, ça va ! Sur cette pochette on voit un chanteur cagoulé peint en mode graffiti ultra stylisé. A un moment je me suis demandée si c’était un hommage aux mecs cagoulés sur l’album du Wu-Tang, et puis non notre perso-là, il porte la mythique casquette rouge des Yankees, qui est la signature de Fred Durst, donc potentiellement c’est lui qui est représenté. Le truc intéressant, et qu’on a encore jamais vu dans Radio K7, c’est que c’est pas juste peint dans un style graffiti. Non, c’est un vrai mur, littéralement, peint en gigantesque à Jacksonville en Floride ! D’ailleurs si vous regardez bien en bas à gauche sur la pochette, vous apercevrez une prise électrique recouverte de peinture et des tuyaux qui font partie du décor urbain !
Manu : Énorme, et c’est qui l’artiste qui a fait ça, c’est pas Fred Durst quand même ?
Fanny : Eh bien c’est Mear One, de son vrai nom Kalen Ockerman, un artiste très respecté dans l’univers du graffiti à Los Angeles, et qui était spécialisé dans les fresques murales. Un gars qui a commencé dans la rue à la fin des années 80, puis s’est imposé dans des galeries californiennes aux côtés de Banksy, avant d’exposer en 2011 au MOCA dans la gigantesque rétrospective Art in the Streets. Pas trop mal comme CV !
Là, pour Limp Bizkit, Mear One crée ce personnage masqué qui va devenir l’icône visuelle du groupe. Un peu comme le « Buffalo-man » de Jamiroquai, mais en version skateur méchant du futur.
Si y’a des fans de street art ou de Limp Bizkit qui nous écoutent, je vous invite à checker l’édition CD « Enhanced » : on peut y voir une vidéo bonus en time-lapse de la fresque en train d’être peinte. Sinon pour les djeun’s qui ne savent pas ce qu’est un CD, vous trouverez aussi la vidéo sur YouTube.
Manu : Fred Durst est un énorme control freak, il a forcément dû mettre la main à la pâte en matière de DA, non ?
Oui, comme beaucoup d’artistes qu’on a vu précédemment, Bellamy chez Muse, Corgan chez Smashing Pumpkins, etc, on se retrouve ici avec un chanteur crédité en tant que Directeur Artistique de l’album. J’avoue que je sais pas trop jusqu’où il est allé dans la conception de cette pochette. A l’intérieur du livret on a des portraits du groupe signés par F. Scott Schaefer, ainsi que tout un tas de dessins des membres du groupe, assez stylisés, un peu BD. J’ai pas réussi à savoir si c’est Fred Durst ou pas qui en est l’auteur, mais qui sait ?
Manu : Par contre, ça on en a la preuve, Fred Durst va beaucoup s’impliquer dans les clips de Limp Bizkit
Oui, ou du moins dans le clip dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui, celui du single Nookie
INSERT — NOOKIE
C’est un clip à l’énergie bordélique pour un tube qui a transformé Limp Bizkit en rois du pogo en baggy.. Et le réalisateur de ce clip n’est autre que… Fred Durst lui-même !
Allez, autant se faire plaiz ! Du coup, comme il est déjà derrière la caméra, faut pas trop en demander niveau scénario. L’histoire est la suivante : Fred Durst, doudoune d’hiver par 25 degrés, se balade dans les rues de Long Island City en attirant des filles à lui tel un super aimant de chez Leroy Merlin. Bref, il marche, les meufs le suivent, certaines portent même des casquettes rouges pour lui ressembler, et ils arrivent tous dans une ruelle où Limp Bizkit joue le morceau Nookie sur scène en mode concert sauvage.
Le groupe a enchaîné plus de 30 prises pour capturer l’énergie brute du moment : Fred traversant les rues, la foule compressée devant la scène, la tension qui monte — tout devait paraître naturel, alors qu’en fait tout était hyper millimétré.
Dans une vidéo du making of diffusée sur MTV, Fred Durst dira :
« J’ai eu l’idée de cette opération guérilla. Il suffisait de se pointer, d’installer son matos dans une ruelle ou sur le toit d’un immeuble et de jouer. »
En fait, Fred s’est directement inspiré du fameux clip de U2, « Where the Streets Have No Name », tourné en 1987 sur un toit à L.A., où la police avait fini par interrompre le concert. Il voulait recréer ce même esprit de chaos contrôlé, avec une foule galvanisée dans un décor urbain.
Ce clip, c’est un modèle d’efficacité. Pas de budget à la Michael Jackson, pas d’effets spéciaux tarabiscotés. Juste une horde de 1000 fans rameutés à la dernière minute grâce au bouche à oreilles et de la rage adolescente filmée à l’arrache. Et pour couronner le tout, Fred a fini par être arrêté par la police pour de vrai, pour trouble à l’ordre public. Parce qu’évidemment, il n’avait pas déclaré le tournage à la préfecture ! Mais comme ça colle bien avec son image de bad boy, il s’est fait une joie d’inclure les images de l’arrestation à la fin de la vidéo.
On peut voir ce clip comme une sorte de manifeste filmé de la stratégie « guérilla » de Limp Bizkit. Ils en ont fait un modèle de promo dans la vraie vie, multipliant ensuite les concerts sauvages pour faire grimper la hype autour de l’album.
Quelques jours après le tournage, le 13 juin 1999, ils ont par exemple joué sur le toit d’un parking à Boston. Quand la police est arrivée, Fred aurait lancé : « On doit partir ou on va se faire arrêter. » Ambiance.
Puis rebelote à Detroit le 15 juin, et à Chicago le 16 : chaque date attirait des foules plus grandes. Tout ça avant même la sortie officielle de l’album, le 22 juin.
Une vraie tournée pirate — version Nu Metal.
Manu : On sent qu’il y a une stratégie marketing bien rodée derrière tout ça, c’est plus du buzz, c’est du braquage culturel ! Et ça rejoint bien l’attitude fout la merde dont Olivia nous a parlé tout à l’heure au festival Woodstock 99 !
Oui c’est ça, Limp Bizkit : un groupe white trash qui ne fait pas dans la finesse, mais qui avait parfaitement capté l’angoisse et la colère adolescente de l’Amérique pré-11 septembre. Pas subtil, mais pourtant efficace. C’est pour ça que malgré la vulgarité, malgré les critiques, ils ont marqué toute une génération.
Alors non, Fred Durst n’est pas un grand chanteur. Non, ses paroles ne sont pas profondes. Mais il a compris quelque chose : si tu fais assez de bruit, le monde finira par t’écouter. Et si tu le fais avec une casquette rouge, en plus le monde va se rappeler de ta gueule et là t’auras tout gagné !
D’ailleurs, combien d’ados à l’époque ont dégainé leur propre casquette des Yankees en la mettant à l’envers, pensant que ça suffisait pour devenir hardcore ? Cette casquette, c’est pas juste un accessoire vestimentaire, c’est un signe de ralliement pour toute une génération en mal d’identification. Un truc visuellement simple, mais ultra efficace.
Fred Durst sans sa casquette, c’est un peu comme Marilyn Manson sans maquillage ou Mylène Farmer sans corbeau : ça marche, mais c’est franchement moins drôle.
Manu : Mais son look a fini par évoluer ! En 2021, Fred sort la casquette rouge au placard et balance un look de daron moustachu échappé d’un barbecue du Midwest – on l’appelle désormais « Dad Durst ». Et en 2024, fini le bouc, il s’est carrément fait pousser la barbe et arbore un look ironique de moniteur de ski des années 80 avec des lunettes sports. C’est assez improbable je vous invite à regarder les derniers live c’est assez fascinant !
À PROPOS DE RADIO K7 PODCAST
Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.
Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !
« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »
Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “







