Nine Inch Nails « The Downward Spiral »
(1994)
EN QUELQUES MOTS
Aujourd’hui, direction la Californie pour parler de l’album le plus violent et viscéral de la décennie : The Downward Spiral de Nine Inch Nails ! En 1994, Trent Reznor s’enferme au 10050 Cielo Drive – la maison où Sharon Tate a été assassinée en 69 – qu’il transforme en studio. C’est là, entre les murs chargés d’horreur, qu’il va composer un album-concept brutal sur l’autodestruction.
Un voyage sonore sans concession, mêlant rock industriel, métal et ambiances électroniques oppressantes. Avec des titres devenus iconiques comme “March of the Pigs”, “Hurt” et bien sûr “Closer”, The Downward Spiral va propulser Nine Inch Nails au sommet des charts, atteindre la deuxième place du Billboard US et devenir quadruple disque de platine.
Mais c’est surtout à Woodstock en 94, couverts de boue devant 350 000 spectateurs, que Nine Inch Nails va littéralement voler le show et transformer leur performance en moment culte de l’histoire du rock. Mais comment un disque aussi noir et radical a-t-il pu devenir un tel phénomène de masse ? C’est ce qu’on va vous raconter dans cet épisode !
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Retour en 1994
Voilà pour les 14 titres de « The Downward Spiral » ! Tous écrits par Trent Reznor. L’édition japonaise de l’album, elle, contient un titre bonus : une reprise de « Dead Souls » de Joy Division, qui était originellement sur la bande originale du film The Crow ! Vous l’avez vu The Crow ou pas ?
L’album sort le 8 mars 1994 en CD, Cassette et Vinyle double sur le label Nothing Records, créé par Reznor lui-même, et distribué par Interscope Records – la maison de disques la plus dingue des 90s : c’est celle de Dr Dre, Marilyn Manson, No Doubt et bientôt Eminem.
1994, c’est une année charnière pour le rock alternatif. En avril, Kurt Cobain se suicide, laissant un vide immense dans le coeur de Fanny que des groupes comme Nine Inch Nails vont contribuer à remplir. Cette année bénie voit aussi sortir « Grace » de Jeff Buckley, « Dookie » de Green Day, “Korn” du groupe Korn et le premier album de Marilyn Manson — produit sur le label de Reznor. tiens tiens.
En France en 1994, on passe « Samedi soir sur la terre » en compagnie de Francis Cabrel qui reste numéro 1 pendant 29 semaines, MC Solaar sort « Prose Combat », IAM explose avec « Je danse le mia » et Billy Ze Kick fait délirer tout le monde avec « Mangez-moi ! Mangez-moi ! ».
Au cinéma, c’est Le Roi Lion qui cartonne avec 10 millions d’entrées, et Tarantino reçoit carrément la Palme d’Or à Cannes grâce à « Pulp Fiction ».
La story de Nine Inch Nails
Manu : Aujourd’hui, on plonge dans un album qui a traumatisé autant qu’il a fasciné toute une génération. Un disque qui a transformé un geek introverti du fin fond de la Pennsylvanie en figure messianique du malaise version 90s. On parle de The Downward Spiral, le chef-d’œuvre de Nine Inch Nails.
Olivia : Avant de devenir la BO de tous les ados en Doc Martens qui séchaient le cours de maths pour écrire des poèmes sur la mort, pas mal de chemin a été parcouru. The Downward Spiral naît au tout début des années 90, dans un moment où Trent Reznor — le cerveau derrière Nine Inch Nails — sort lessivé mais exalté de la tournée Lollapalooza. Les concerts tournent à la performance extrême : il se mutile, détruit tout sur scène, se bat avec les autres membres du groupe. Le biographe Tommy Udo raconte que lors d’un show : « il a fracassé une guitare sur le clavier et un éclat est allé se planter dans la tête de James Woolley [le clavieriste]». Voilà l’état d’esprit du bonhomme au moment où il décide de se lancer dans le grand projet d’un album plus introspectif.
Manu : Donc le gars revient de Lollapalooza, détruit vingt guitares par soir, se démaquille avec du gravier, et se dit “ tiens, je vais faire le disque de ma vie”.
Olivia : Oui, alors bien sûr tout ça est évidemment un poil plus compliqué. Mais avant de parler de la santé mentale de Trent Reznor, revenons rapidement sur son parcours : c’est un enfant qui a grandi dans la Pennsylvanie rurale, élevé par ses grands-parents, introverti façon « je peux passer six heures à jouer du piano sans parler à personne ». Et avant de devenir le prophète de l’indus, Reznor a quand même fait ses armes dans plusieurs groupes locaux. Notamment Slam Bamboo, un projet pop-rock 80s typique de l’époque. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter “House on fire”, plus ou moins live à la télé locale de Cleveland. Nous sommes en mars 1986 :
INSERT — Slam Bamboo – House on Fire (live AM Cleveland)
https://www.youtube.com/watch?v=iWccbyICM_A
Le problème de Reznor, c’est qu’il veut tout maîtriser. Jouer en groupe, c’est pas trop son truc. Alors il apprend plusieurs instruments, devient technicien de studio, puis finit par enregistrer seul des morceaux entiers, la nuit, dans un petit studio de Cleveland. Il se cherche un nom de scène aussi. Rien ne va. Finalement il garde “Nine Inch Nails” parce que « ça sonnait bien » et que c’est facile à abréger en NIN. Aucune métaphore sexuelle. Aucune référence christique. Juste un nom qui claque. Oui, je sais la réalité est toujours décevante.
Manu : Donc le mec fait un groupe… tout seul ?
Olivia : Exactement. Et ça sera, par la suite, son mode de fonctionnement : après l’enregistrement de chaque album en solo, Reznor recrute quelques musiciens pour jouer sur scène avec lui. La formation change à chaque nouvelle tournée.
Manu : Reznor sort donc Pretty Hate Machine en 1989, sous le label TVT Records, qui trouve l’album « abrasif » et le compare à « un avortement »
C’est aussi la période où NIN fait sa première télé. Et c’est assez improbable : on n’est pas sur MTV, ni dans un club indus. Ils jouent dans Dance Party USA. L’équivalent américain de Dance Machine : un plateau saturé de brushing, de néons et de danseurs trop enthousiastes.
Reznor l’a raconté lui-même sur Twitter :
« Comme une blague (et probablement ivres), on avait cité cette émission comme le truc le plus absurde où apparaître. Quelques jours plus tard, notre manager nous annonce : ‘ça y est vous êtes bookés les gars !’ »
INSERT — Dance Party USA (1989)
https://www.youtube.com/watch?v=ZUekWGX7FNA
Pretty Hate Machine devient disque d’or. Les concerts sont chaotiques. A Boston, les fans arrachent les sièges pour créer leur propre fosse et pouvoir pogoter. Mais Reznor ne s’entend pas très bien avec les gars de TVT, son label ; qu’il qualifie de « collection of shit », un beau tas de merde. Résultat : il décide d’enregistrer son prochain disque dans leur dos, en loucedé.
Manu : Génial ! Une bonne petite vendetta industrielle parce qu’à ce moment-là NIN est toujours son contrat avec TVT c’est ça ?
Olivia : Oui et tu vas aimer la suite. En 1992, Reznor enregistre donc Broken clandestinement qu’il enregistre avec la complicité du label Interscope. L’EP démarre à la 7e place du Billboard, devient disque de platine, et gagne un Grammy. L’industrie comprend soudain que ce type va être énorme.
INSERT — Wish (version album)
https://www.youtube.com/watch?v=Iprm5f78CA0
Manu : Donc Reznor il vend, il choque, il gagne des Grammys… et décide qu’il n’est toujours pas assez malheureux ?
Olivia : C’est là qu’on arrive au chef-d’œuvre. Nous sommes donc en 1994. Reznor lutte contre une dépression sévère et une grave anxiété sociale. C’est le moment qu’il choisit pour concevoir un projet totalement conceptuel, presque narratif : l’histoire de la chute d’un homme (lui ou son double) qui descend progressivement vers son point de rupture suicidaire. En gros, il va mal mais il veut aller encore plus mal pour travailler dessus. Très 90s comme concept.
Autre détail significatif : dans les mois qui précèdent l’écriture, l’industrie tente de le faire rentrer dans une case “rock alternatif bankable”. Ça l’étouffe. Il a besoin d’un espace pour faire un disque pas calibré, pas vendable, pas aimable, pas agréable. Et il va terriblement bien réussir dans cette entreprise.
Manu : Bon, ça c’est la genèse psychologique. Mais comment ce disque devient culte ? Parce que sur le papier, un album de 65 minutes qui parle d’angoisse, de haine de soi et de meurtre de Dieu… à priori c’est pas censé faire des millions de ventes.
Olivia : Il faut comprendre ce que représente The Downward Spiral au moment de sa sortie, le 8 mars 1994. On est en plein âge d’or du rock dépressif : Nirvana est au sommet, Pearl Jam aussi, le hip-hop devient politique et rageur. Reznor n’arrive pas en contradiction avec l’époque : il arrive en “condensation”. Le biographe Tommy Udo formule ça parfaitement :
Greg : « The Downward Spiral a fait de Reznor un Dostoïevski du rock, un homme qui descend dans l’underground émotionnel pour en ramener un album »
INSERT — Closer
Manu : C’était “Closer” de Nine inch Nails sur Radio K7.
Dès sa sortie, c’est un énorme carton : l’album débute à la 2e place au Billboard 200, avec 119 000 ventes la première semaine. Aujourd’hui ça ne semble pas fou, mais en 1994, pour un disque aussi sombre, c’est du jamais-vu. Et ça ne s’arrête pas : l’album sera certifié quadruple disque de platine aux États-Unis avec plus de 5 millions de copies vendues dans le monde ; et surtout : il installe Nine Inch Nails comme une force culturelle. Reznor sera même nommé dans la liste des 25 Américains les plus influents par Time Magazine en 1997. On passe donc de “musicien indus pour post-goths” à “figure culturelle majeure des États-Unis”.
Manu : Et les critiques, elles, ont réagi comment ?
Olivia : Elles ont fait… EXACTEMENT ce qu’on attendait des critiques 90s : à la fois fascinées, agacées, snobs, effrayées mais tout à fait conscientes d’être face à un truc important. Le Baltimore Sun parle d’une « terrible beauté sous le vacarme ». Jonathan Gold, dans Rolling Stone, compare l’album à de la littérature cyberpunk — ce qui est très juste, Reznor étant « l’incarnation physique du cyberpunk » dixit son biographe. Le NME lui colle un sévère 4/10, trouvant tout ça trop adolescent. Et Stereo Review évoque « du bruit sans mélodie ». Les conservateurs, bien sûr, hurlent au blasphème. La polémique gonfle autour de “Big Man With A Gun”, taxée de violence sexuelle explicite.
Manu : Après la sortie de The Downward Spiral, Nine Inch Nails part en tournée.
Olivia : De 1994 à 1996, NIN donne à voir et à écouter le prolongement scénique du malaise de l’album, avec une beaucoup d’intensité. Le Self Destruct Tour n’est plus juste une tournée : c’est l’extension vivante de l’album, un rituel de destruction soigneusement orchestré sur scène. Un cauchemar esthétique parfaitement calculé : peu de lumière, des tableaux super sombres, des vidéos projetées ultra violentes. Le succès est immense et finit par reconfigurer le statut du groupe qui, en quelques mois, passe des petites salles à des stades partout dans le monde.
Manu : Et c’est pendant cette tournée qu’arrive LE moment culte : Woodstock 94.
INSERT — intro concert “Ladies & gentlemen please welcome NIN !”
https://www.youtube .com/watch?v=RFhFofuDV_Y
Nous sommes le 13 août 1994, Woodstock. Il pleut comme jamais. 350 000 personnes pataugent dans la boue. Les groupes se succèdent, tout propres et bien au sec. Nine Inch Nails arrive backstage. Trent Reznor observe alors le public complètement trempé. Il ne comprend pas pourquoi, lui, devrait rester bien à l’abri. Il décide alors de se rouler dans la boue. Le groupe monte sur scène ressemblant au public : des zombies couverts de gadoue. Au milieu de « March of the Pigs », Reznor s’arrête et lâche :
INSERT — March of the pigs (Woodstock 94) https://youtu.be/d96ouyei3v0?si=Px5cE8G8uXGGHo6s&t=873
« All you miserable muddy fuckheads… doesn’t it make you feel better? » Une insulte qui sonne un cri d’amour. Il ne dit pas « Je suis au-dessus de vous ». Il dit : « On est tous dans la merde ensemble. » En refusant d’être une star inaccessible, Reznor crée LE moment du festival. La séquence est diffusée devant 24 millions de téléspectateurs. Nine Inch Nails vole le show et remporte un Grammy Award.
Cette image hallucinante de Reznor détrempé hurlant dans son micro propulse NIN dans une nouvelle dimension.
Manu : Ce disque controversé, brillant et traumatisant a tout pour devenir tout à fait iconique. Mais qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ?
Olivia : Il reste un disque qui a marqué nos adolescences, qu’on le veuille ou non. Un disque qui rappelle cette fois, souvent la première, où l’on a compris que la musique pouvait exprimer quelque chose de laid, de brut, de vrai. C’est un album qui a profondément influencé tout le rock alternatif. Et qui a fait de Trent Reznor l’un des artistes les plus influents de sa génération. Rarement un artiste se sera littéralement mis en danger à ce point. Et c’est encore plus rare que ce disque devienne un best-seller.
David Bowie compare l’impact de Reznor à celui du Velvet Underground. Bob Ezrin, producteur de Pink Floyd, Kiss, Alice Cooper et de Peter Gabriel, décrit Reznor en 2007 comme un « véritable visionnaire », qui a influencé de jeunes artistes avec son attitude sans compromis.
Mais l’héritage le plus inattendu de The Downward Spiral viendra d’un homme en noir d’une tout autre génération. En 2002, Johnny Cash enregistre sa version de « Hurt » pour son album American IV, produit par Rick Rubin. Le clip réalisé par Mark Romanek en 2003 montre Cash à 71 ans, visiblement fragile, dans sa maison du Tennessee et dans le musée abandonné dédié à sa carrière. La vidéo est élue meilleure vidéo de tous les temps par les professionnels de l’industrie.
Quelques mois après sa sortie, Cash décède, transformant « Hurt » en testament musical. Reznor lui-même déclare : « Cette chanson n’est plus la mienne. » Pour toute une génération, « Hurt » est devenue définitivement celle de Johnny Cash. Et c’est cette version que nous allons écouter maintenant.
INSERT — Johnny Cash “Hurt”
https://www.youtube.com/watch?v=8AHCfZTRGiI
Manu : Merci Olivia ! Et franchement, chapeau à Rick Rubin dans cette histoire. Parce qu’au départ, PERSONNE n’était chaud. Johnny Cash lui dit : « C’est pas mon style, c’est pas ma façon de faire. » Et Rubin, lui, il insiste. Il dit à Cash : « Lis les paroles, laisse-les infuser. » Et au final ? La chanson la plus emblématique de la fin de carrière de Cash, un testament musical qui redonne confiance à Reznor pour continuer sa carrière.
Le making-of de "The Downward Spiral"
Manu : Moralité : il faut TOUJOURS écouter le producteur, c’est lui qui a raison ! Bon, maintenant qu’on a parlé de l’impact et de l’héritage, Greg va nous expliquer comment cet album légendaire a été créé. Greg, tu nous racontes le making of de The Downward Spiral ?
Greg : NIN c’est un groupe spécial au niveau du son parce que c’est hyper expérimental, c’est pas forcément accessible. Ça peut être très très agressif, dérangeant et hyper soft d’un coup.
NIN c’est LE groupe de rock industriel le plus connu, mais Trent Reznor n’a pas tout inventé..remettons les pendules à l’heure.
Musique industrielle
Conceptualisée vers 75 en Angleterre notamment avec le Throbbing Gristle qui va créer le label Industrial Records. (D’où le nom)
En gros c’est une musique qui va utiliser des sons électroniques un peu agressifs, forcément un peu répétitifs inspirés par les machines industrielles.
Forcément c’est dark…
Ca vient pas de nulle part, y’a plein de racines : la musique concrète (des bruits), le post-punk, le krautrock et Kraftwerk, l’électronique, le punk rock et la techno qui viendra s’incorporer un peu plus tard dedans,
Je vous fais écouter un peu ces groupes qui datent d’avant le premier album de NIN
INSERT — Medley
Throwbing Gristle 1978
Skinny Puppy 1984
Ministry 1988
C’est vrai que quand on entend ça, on se dit qu’il s’inscrit dans la même veine.
La différence c’est que lui il souhaite propulser à grande échelle cette musique qui est longtemps restée confidentielle… En trop à son gout !
MANU : Alors Greg, comment Reznor s’y prend concrètement pour enregistrer cet album ? Parce que maintenant qu’il est signé sur Interscope, il a les moyens de se faire plaisir sur le matos non ?
Oui alors il va tout simplement se faire le home studio le plus cher de l’histoire
Le paradoxe c’est que NIN pousse une image anti-commerciale… pourtant il a envie d’être aussi connu que Kiss. Et le pire, c’est que pour vendre de l’anti-commercial, il faut quand même un paquet de pognon….
Déjà il loue cette fameuse baraque au-dessus de Beverly Hills,
il va acheter énormément de matos et il va installer un véritable studio pro en guise de home studio.
Il achète une mega console Amek 56 pistes, 2 enregistreurs à bande Studer 24 pistes, et surtout le premier pro tools sur un Mac.
En plus de ça il achète plein de synthés, minimoog, prophet, oberheim, ARP, des guitares, des micros, des boîtes à rythme, des séquenceurs un sampleur AKAI et l’original Mellotron de John Lennon prêté par le fameux Jimmy Iovine d’interscope….
Autrement dit : tout ce qui existe = un max de pognon.
Du matos très pro, en revanche comme c’est un home studio y’avait des petits problèmes électriques qui rendaient les choses parfois pénibles, soit des problèmes de masse qui font un buzz, soit le chien de Trent qui bouffait des fils. faites ce que vous voulez de cette anecdote potentiellement fausse….
MANU : Et pour l’aider dans ce projet, il sait s’entourer. C’est qui la dream team autour de Reznor pour disque ?
Oui alors ça c’est l’autre paradoxe ; il aime travailler seul (comme Prince) c’est pour ça qu’il vit dans son studio.
Mais il s’entoure quand même de brutes :
Flood à la co-réalisation : il a bossé avec New Order, Ministry qu’on vient d’écouter, il a réalisé Violator de Depeche Mode on en a déjà parlé ici, mais il aussi bossé avec U2 et sur le premier album de NIN : Bref il connait le délire.
Des musiciens :
Stephen Perkins, le batteur de Jane’s addiction.
Adrian Belew : un guitariste qui a joué avec Zappa, Bowie, King Crimson, Talking Heads.
Chris Vrenna : Batteur, programmateur, technique, chercheur de samples
Alan Moulder et Sean Beavan vont enregistrer et mixer l’album : Sean Beavan a déjà mixé Pretty Hate Machine, il a fait le son live du groupe… Ça lance sa carrière parce qu’après il réalisera et mixera les 3 premiers albums de Manson..
Manu ; Ok, donc une sacrée équipe. Mais techniquement, comment ils bossent ? J’ai lu quelque part qu’en 1993, on est à une époque charnière entre l’analogique et le numérique non ?
tout à fait manu. Mais c’est même plus compliqué que ça :
Ils enregistrent tout sur disque dur via le pro tools, y’a pas grand monde qui faisait ça à l’époque. Ce qui leur permet de retoucher l’arrangement sans cesse. C’est parait evident aujourd’hui mais vraiment nouveau.
À ce moment le pro tools il ne sert qu’à enregistrer, on rajoute pas des effets dans l’ordi comme on le fait aujourd’hui.
Ensuite, ils se servent des enregistreurs à bande pour fixer l’arrangement en multipiste pour l’envoyer au mix ou alors pour faire des effets de bande.
Donc oui c’est une péridode charnière analogique numérique, mais ils auraient pu choisir une technique ou l’autre : eux ils mélangent exprès les deux de manière expérimentale.
Pareil pour le méthode de sampling.
Samper et desampler
Un truc extraordinaire qu’ils font : c’est qu’ils enregistrent des pistes de batteries avec le batteur, et ils reprennent soit des boucles soit des hits/frappes pour les remettre dans un sampleur et redonner un feeling électronique à une prise acoustique.
Parfois c’est du pur sampling, par exemple sur Closer, le kick est samplé sur “Nightclubbing” de Iggy Pop de 1977.
INSERT — Iggy pop
Le Kick et aussi un peu le rythme quand même.
Mais c’est pas un simple sample, ils repassent tout dans des effets com d’hab pour détruire un peu le son.
Parfois ils ont jusqu’à 4 sampleurs qui balancent des sons différents qu’ils font tourner et qu’ils passent dans des effets en touchant à tous les boutons en direct pour les enregistrer sur disque dur.
Cette technique, elle est aussi valable pour les guitares, les basses. Ils jouent 20 minutes, ils prennent le meilleur moment qu’ils mettent en boucle.
Ils enregistrent, ils samplent, ils réassemblent. Ils couchent sur disque dur.
INSERT — piste batterie ?
Manu : Petite parenthèse : j’ai appris que Chris Vrenna a passé plusieurs semaines rien que pour chercher des samples dans des films. Il aurait visionné 3.000 films, soit 5 films par jour pour collecter uniquement des sons chelous : des bruits d’essaims d’abeilles, des sons électroniques, des cris… C’est un délire !
Oui ils sont toujours à la recherche de textures à sampler par exemple dans march of the pigs on a ça :
INSERT — un extrait du film Sorcerer de 1977.
pareil pour le son général il y a beaucoup de distrorsions. Pas que sur les guitares, mais sur les voix les batteries les synthés.
La plupart du temps c’est l’originalité d’un son que va amorcer l’arrangement.
Je vous fais écouter les guitares qui ont un son pas banal pour l’époque, très brillant.
INSERT — Guitare disto
Manu : Et la voix de Reznor dans tout ça ? Parce que tu nous parles de machines, de machines etc mais la voix c’est quand même l’élément le plus important de l’album…
Les voix sont enregistrées assez vite dans le processus pour avoir une structure pop, et c’est l’arrangement qui change autour.
Pour la voix c’est l’approche opposée des instruments qui est privilégiée, comme tout est rendu très industriel et mécanique par toutes les machines utilisées : la voix doit être la plus naturelle possible pour avoir une émotion très humaine et s’opposer à l’instru très mécanique.
D’ailleurs la plupart du temps c’est des prises complètes qu’ils utilisent, Trent ne refait pas petit bout par petit bout justement pour avoir plus d’émotion, avec des petites erreurs.
INSERT — voix solo émotion
Disto Reverb, effets.
piste sèche avec petites imperfections très humain
Manu : Bon et l’ambiance en studio, dans la maison où Sharon Tate a été assassinée en 69 ça devait être quand même bien glauque non ?
C’est souvent vendu comme une grotte de vampire avec des instruments. C’est vrai qu’il y a sûrement pas mal de drogue et les trucs glauques qui vont avec, mais surtout comme je l’ai décrit, y’a des pros, du savoir faire du matos et de l’exigence.
Quand Trent veut chanter sur un coup de tête, il faut que ça soit possible dans la seconde, pas le temps de brancher un micro pendant 10 minutes ça doit marcher tout de suite, sinon il le fait pas.
Les ingé disent que Trent fait sortir la musique d’un coup de lui même, et une fois que c’est fait il va jouer à Zelda Link to the Past pendant 8 heures.
Multitrack
Manu : On va s’écouter un petit MTK en plus de ce qu’on a déjà écouté, tu nous as préparé quoi Greg pour comme bouquet final ?
Celui qui tu m’avais demandé Emmanuel ! Closer.
Mais c’est vrai qu’il y a la choix parce presque tout a été mis à disposition pour faire des remix. D’ailleurs j’imagine que vous êtes tombés sur le wiki NIN
INSERT — MTK
Petit bruit de Vinyl au début. samplé en boucle.
Ensuite le Kick de Iggy Pop, on entend vraiment le sample. Puis le reste de la batterie vient d’une Roland 70. (une machine pas très commune)
La basse la plus reconnaissable de NIN !!!. Un gros synthé, je vous ai cité sa liste de machines… moi j’aurais parié sur un minimoog.
Et en fait selon des diggers ce serait issue d’une librairie de samples nomée “A poke in the ear” Volume 2 et le son s’appelle circular. Je m’attendais pas à ce que ce soit un sample étalé sur un clavier.
les voix magnifiques naturelles avec des harmonies doublées par trent.
2eme basse jouée à la main avec un peu de disto.
Puis des synthés un peu chelous hyper traités.
d’autres sons samplés, ou alors des synthés on sait pas trop : c’est à vous de diger
Manu : ça me fait très très plaisir d’écouter ce multipiste de ce morceau que j’adore. Merci Greg pour toutes ces explications ! Il y a un truc que tu n’as pas dis c’est au sujet de “Hurt”, la dernière chanson que Reznor a écrit pour l’album, quand tout le reste est déjà dans la boîte. Il l’enregistre presque comme un bonus aux studios A&M, et là, truc exceptionnel : Chris Vrenna joue vraiment la batterie en live sur l’enregistrement, alors que d’habitude Reznor fait absolument tout lui-même. Résultat : c’est devenu son morceau le plus intime, le plus personnel, sur l’addiction, la solitude et le désespoir total.
L'univers visuel de Nine Inch Nails
Manu : ça y est j’ai bien plombé l’ambiance. Comment je vais faire une transition après ça maintenant ? 🙂
Donc à toi Fanny, parlons maintenant de cette pochette qui donne des frissons rien qu’en la regardant ! ça vient d’où ce truc ?
Fanny : Peut-être que les frissons sont dûs au fait qu’on est ici face à une véritable œuvre d’art, qui sait ? La pochette de The Downward Spiral, on la doit au plasticien britannique Russell Mills, ex-enseignant dans de grandes écoles d’art qui a aussi bossé pour d’autres musiciens comme Brian Eno, ou Cocteau Twins et mon chouchou David Sylvian. Tout est parti d’un coup de fil surréaliste : Russell Mills, est dans son cottage en Angleterre tranquilou bilou, quand il se retrouve en conférence téléphonique avec Trent Reznor, Gary Talpas (le directeur artistique du groupe) et John Malm Jr, le manager en direct des States. Les trois lui expliquent qu’ils veulent lui commander un ensemble d’œuvres pour le prochain album de Nine Inch Nails, ainsi que pour les différents singles, albums de remixes et tout le merchandising associé.
Gary Talpas donne quelques indications : il veut que l’imagerie domine, que la typographie soit minimale et que le design global soit épuré et sobre. Reznor enchaîne en décrivant les thèmes principaux du disque et lui balance des mots-clés : « attrition, blessure, déclin » – des thèmes qui collent à l’Amérique des années 90, entre corruption, désillusion collective et misère sociale cachée sous le vernis du rêve américain.
Après un aller-retour express à L.A. pour conclure le deal, Russell Mills rentre dans son cottage et se met au travail. Au final, il va produire une trentaine de pièces.
Manu : Alors on voit effectivement plusieurs de ses tableaux dans le livret. Et pour la pochette, il a peint une oeuvre intitulée ‘Wound’, tu peux nous la décrire ?
Fanny : Oui, ce titre est bien trouvé je trouve, car ‘Wound’ ça veut dire blessure en anglais. L’idée c’est de retranscrire visuellement une sorte de douleur sourde, de malaise sous-jacent. Parce que l’Amérique vue par Reznor, c’est ça : une plaie qu’on cache sous des couches de mensonges. Greg va nous lire ce que Mills écrit sur son site web à propos de son processus de création :
« Je réfléchissais depuis longtemps à la création d’œuvres explorant la notion de strates — physiques, matérielles et conceptuelles.
Face à la puissance des textes et de la musique de l’album, il m’a semblé nécessaire de m’aventurer vers une imagerie en apparence contradictoire de la douleur et de la guérison. J’aspirais à concevoir des surfaces d’une beauté troublante, qui laisseraient entrevoir, par intermittence, la crudité viscérale de blessures ouvertes.
C’est dans cet esprit que j’ai réalisé Wound : une pièce en technique mixte faite de plâtre, d’acrylique, de peinture à l’huile, métaux rouillés, insectes, papillons de nuit, de mon propre sang, de cire, vernis et bandages chirurgicaux, le tout sur panneau de bois. »
Manu : Attends… il a mis son SANG dessus ?! C’est un peu extrême, là !
Fanny : ça peut sembler extrême, mais primo ça colle pas mal au côté radical de Nine Inch Nails et deuzio, dans l’art contemporain en Europe, il y a eu beaucoup plus de pratiques choc utilisant du sang et autres sécrétions corporelles qu’on ne le pense notamment chez les actionnistes viennois. C’est pas du tout un truc de satanistes ou un cas isolé…
Pour Wound, le résultat donc, c’est une œuvre abstraite dans des tons gris, beige, avec un peu de rouille. A mi-chemin entre le mur décrépi et une plaie stylisée en train de cicatriser. Les textures sont organiques, industrielles, décomposées… En dehors de sa très grande beauté plastique, je trouve que cette pochette marche toujours aujourd’hui parce qu’elle est intemporelle. Mills a capté l’essence de NIN et sû mettre en image une violence raffinée, une colère intellectuelle.
Et puis, avouons-le, on a rarement vu une pochette aussi tactile ! On a envie de gratter le plâtre pour voir ce qui se cache en dessous. C’est un peu comme cet album en fait : plus tu creuses, plus ça fait mal.
Manu : Reznor a déjà été visionnaire avec la pochette de The Downward Spiral, mais je crois que pour clip de Closer, il a poussé le curseur encore plus loin. On a un peu l’impression de visiter l’enfer… en version steampunk !
INSERT — Closer clip
Fanny : Avec Closer, le réalisateur Mark Romanek a tout simplement créé une œuvre visuelle tellement iconique que le MoMA l’a ajoutée à sa collection permanente. Chaque plan est une référence, une provocation, ou les deux.
Tourné en avril 1994 dans les anciens studios de Charlie Chaplin à Los Angeles, c’est une sorte de cabinet de curiosité visuel. L’idée de départ c’était de donner l’impression de tomber sur un vieux film interdit qui aurait été tourné au siècle dernier chez un savant fou. Pour arriver à ça, ils ont fabriqué un décor de cinéma, pas très grand, mais avec une enfilade de pièces où tourner les différentes scènes. L’atmosphère et tous les détails à l’image sont assez dingues.
Ils ont aussi filmé avec une vieille caméra à manivelle de 1919 et un stock de pellicules périmées, volontairement granuleux, aux couleurs délavées. Romanek s’est ensuite amusé à traîner la pellicule au sol, à la brûler, à sprayer de la laque dessus pour détériorer l’image.
Visuellement, le clip est directement inspiré du court-métrage d’animation La rue des crocodiles, réalisé par les frères Quay, qui sont un peu des figures cultes de la scène underground. Romanek a répliqué leur atmosphère de cauchemar sinistre, en y ajoutant une touche de sexe dark et beaucoup de citations artistiques. Ici, la frontière entre l’organique et le mécanique n’existe plus : on voit par exemple un métronome avec un œil collé sur le balancier, qui est la citation directe d’une sculpture de Man Ray ; on voit un énorme cœur branché de partout qui bat en rythme avec la musique, ou une tête de cochon qui tourne comme une toupie infernale au sommet d’une machine en ferraille.
Manu : Tout à l’heure on avait du vrai sang… Me dis pas que là ils ont fait battre un vrai cœur !
Fanny : Euuuh non, mais presque ! C’est une prothèse fabriquée par Screaming Mad George, un génie des effets spéciaux qui a notamment bossé sur Freddy, Les Griffes de la nuit. Ce cœur est relié à des pistons actionnés par 3 mecs en arrière-plan, et les pulsations sont synchronisées avec le rythme de l’intro. Par contre la tête de cochon, c’est une vraie et il parait qu’elle puait tellement que tout le monde était dégouté sur le set… Faut dire que pour faire des économies, ils avaient acheté de la viande faisandée. Rien que vous en parler moi-même j’ai envie de gerber.
Niveau viande on est servis, car Romanek va rendre hommage au tableau Figure with Meat de Francis Bacon, qui nous montre une carcasse de bœuf coupée en 2 et suspendue en l’air comme des ailes d’ange. Dans le clip de Closer, on trouve une reprise claire et nette de ce tableau. Mais la liste ne s’arrête pas là, le moodboard puise massivement dans le surréalisme, l’expressionnisme, la photo érotique, les films d’horreur et j’en passe.
En vrac, on a des refs aux photos vintage de James Van der Zee, aux peintures de George Tooker, Georgia O’Keefe, Tom Wesselmann…
- la scène SM avec Trent menotté et les yeux bandés, c’est un autre clin d’œil à Man Ray
- la femme chauve à poil avec deux œufs posés au bout des doigts, elle provient d’un tableau de l’autrichien Rudolf Hausner, fondateur du Réalisme fantastique
- le plan où Trent avec ses lunettes d’aviateur se fait souffler de l’air comprimé dans la bouche, c’est en ref au film L’échelle de Jacob d’Adrian Lyne
- Je pourrais continuer comme ça pendant une heure tellement il y a de choses à explorer dans ce clip, mais faute de temps je vous fait la version fast and furious, désolée
Manu : Donc si je résume bien, c’est un clip qui cite ses sources, en mode mémoire universitaire ?
Fanny : C’est un peu ça ! Et il y a même une référence cachée à Mary Poppins : la scène où Reznor flotte en l’air, suspendu par des fils invisibles. Romanek dit dans le making-of du clip que ça vient sans doute de ses souvenirs d’enfance, quand il regardait Mary Poppins et qu’il rêvait de pouvoir voler lui aussi.
D’ailleurs, j’ai gardé la meilleure ref pour la fin. Parce qu’il y a un autre artiste en plus des frères Quay, dont le travail est pillé à de nombreux endroits. Je pense qu’il y a des dizaines de ses photos qui ont été reconstituées dans certains plans du clip, et cet artiste c’est l’américain Joel-Peter Witkin, que j’ai eu la chance d’interviewer et d’exposer à plusieurs reprises quand je bossais en galerie.
Donc c’est simple, dans le clip de Closer, tout ce qui est petit singe crucifié, nature morte avec le visage de Trent cousu sur un mannequin, femme chauve avec un masque-crucifix, les jumeaux reliés par la tête, crâne de taureau et j’en oublie surement : tout ça vous le trouvez dans les photos de Joel-Peter Witkin. C’est un artiste inclassable et génial, qui a exploré tous les tabous possibles liés à la religion, au sexe et à la mort. Son truc c’est de montrer qu’il y a de la beauté partout, même dans l’horreur. Sans Witkin, Mark Romanek serait passé à côté de certains plans les plus impactant de son clip.
Manu : Avec toutes les scènes ultra choquantes que tu viens de nous décrire, pas étonnant que MTV ait sorti une version complètement censurée du clip pour diffuser à la télé.
Ouais ils ont taillé dedans version Massacre à la tronçonneuse ! D’ailleurs y’a tellement de choses qui ont été retirées, qu’ils ont inséré des écrans avec écrit dessus « Scène manquante » à la place. Il n’empêche que MTV a diffusé massivement cette vidéo édulcorée à l’époque, et que 10 ans plus tard en 2006, VH1 Classic l’a élu « Meilleur Clip de Tous les Temps ». Et en 2025, il fait toujours autant flipper et réfléchir. Pas mal pour un truc tourné en 4 jours avec un singe et un cœur en plastique. D’ailleurs, je précise que le petit singe n’a pas été maltraité sur le plateau, il y avait un membre de la SPA américaine pour s’en assurer, entre les prises il mangeait des bananes et il a été mieux payé que certains membres de l’équipe, selon Romanek.
Manu : Géniale cette anecdote. Alors moi j’en ai une autre. Figurez-vous que David Fincher, va utiliser un remix de « Closer » pour le générique de Seven ! Ce générique va d’ailleurs devenir une référence absolue du cinéma des années 90. C’est aussi le début d’une vraie bromance entre Reznor et Fincher : parce que après ça, ils vont enchaîner avec une pub Levi’s en 96, puis des années plus tard avec The Social Network où Reznor va cartonner avec la bande originale et remporter l’Oscar. Bref, le clip « Closer » c’est pas juste une vidéo choc : c’est aussi le truc qui a lancé l’une des plus belles collaborations entre un musicien et un réalisateur de Hollywood. Merci Fanny pour cette super chronique !
À PROPOS DE RADIO K7 PODCAST
Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.
Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !
« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »
Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “







