Robbie Williams « Life Thru a Lens »
(1997)
EN QUELQUES MOTS
Aujourd’hui, direction l’Angleterre avec Robbie Williams. Ex-« fat dancer » de Take That, miraculé des excès, Robbie publie en 1997 son premier album solo : Life Thru a Lens. Un disque brut, entre bravade et fragilité, enregistré dans le chaos des nuits blanches et des séjours en rehab.
On y trouve des hymnes hédonistes comme Let Me Entertain You, des confidences comme One of God’s Better People, et surtout Angels — la chanson qui va sauver sa carrière et installer sa légende. Lentement mais sûrement, Life Thru a Lens va transformer le rescapé des boys band en superstar solo qui finira par signer le plus gros contrat de l’histoire de la pop britannique !
Un million d’exemplaires vendus plus tard, des stades bientôt remplis : Robbie prouve qu’on peut renaître de ses cendres et devenir la plus grande pop star britannique des 90s. Mais comment y est-il parvenu ? C’est ce qu’on va vous raconter dans cet épisode !
Écouter · Écouter · Écouter ·
Écouter · Écouter · Écouter ·
Écouter · Écouter · Écouter ·
Retour en 1997
Voilà pour les 11 titres de Life Thru a Lens ! En fait il y en a 12 en comptant la piste cachée “Hello Sir”, et même 14 sur l’édition japonaise qui contient notamment “Ev’ry Time We Say Goodbye” une reprise de Cole Porter.
L’album sort le 29 septembre 1997 en CD et cassette chez Chrysalis Records, filiale d’EMI.
En 1997, le Royaume-Uni a changé de visage. La vague britpop commence à s’essouffler : Blur s’essaie au lo-fi américain — vous vous souvenez forcément de Song 2 —, Oasis publie “Be Here Now” légèrement sur-produit, pendant que Radiohead invente un futur plus sombre avec OK Computer. Enfin, The Verve, signe l’un des plus gros succès de la décennie avec Bitter Sweet Symphony. Pour quelques mois encore, le pays vit au rythme du « Cool Britannia » de Tony Blair, jusqu’au choc planétaire de la mort de la princesse Diana, fin août.
Dans l’Hexagone à ce moment-là, on écoute Puff Daddy, Ricky Martin, Florent Pagny et les Daft Punk. Au cinéma tout le monde va voir The Full Monty, La Vie est belle ou Will Hunting, le film qui vaudra un Oscar… à un certain Robin Williams. Robin, pas Robbie.
Petite précision pour nos auditeurs : aujourd’hui, on parle de Robbie, pas Robin Williams, Si vous êtes venus pour Mrs. Doubtfire, vous vous êtes trompés de cassette !
La story de Robbie Williams
Manu : Allez, on va rentrer dans le vif du sujet avec toi Olivia, et revenir sur la trajectoire folle de Robbie Williams. Et il faut dire que, chez lui, ça commence plutôt mal : une carrière qu’on croyait condamnée avant même qu’elle n’ait eu le temps de vraiment commencer.
Robbie Williams, en 1995, c’est ça : un gamin paumé, alcool, cocaïne, tabloïds, l’ex-enfant terrible d’un boys band qui n’intéresse plus grand monde. Un pied dans le cliché, l’autre dans l’oubli. Et puis, deux ans plus tard, il sort Life Thru a Lens. Un album qui, au départ, passe quasi inaperçu, mais qui finit par retourner complètement le destin de son auteur. C’est de cette mue dont on va se parler aujourd’hui : la chute, la renaissance, et finalement un disque qui va, contre toutes attentes, durablement marquer les années 90.
Manu : Mais il sort d’où Robbie Williams?
Robert Peter Williams, de son vrai nom, naît en 1974 à Stoke-on-Trent, dans les Midlands en Angleterre. Une ville ouvrière, un peu grise, plus connue pour ses céramiques que pour son star-system. Ses parents divorcent quand il a quatre ans. Son père, le comédien Peter Conway disparaît puis réapparaît dans sa vie par intermittence. Sa mère, Jan, fleuriste, se retrouve à l’élever seule. C’est elle qui, un jour, tombe sur une petite annonce : on cherche un jeune chanteur pour un nouveau boys band.
À 16 ans, Robbie tape dans l’œil du producteur Nigel Martin-Smith : il séduit par son énergie, son sourire et son culot. C’est ainsi qu’en 1990, il rejoint Take That — du moins si l’on en croit Better Man, son biopic sorti cette année au cinéma.
INSERT — Better man VF Extrait du film « Take That début » (début > 1’33) https://drive.google.com/drive/folders/1eg160258Jm1IyQUMD2f2QUCT2uBneFs8
Manu : Dès l’année suivante, Take That devient énorme. Robbie n’a pas encore vingt ans, et il est déjà happé dans une machine pop qui écrase tout sur son passage.
On parle de concerts où les fans campent devant les salles, de unes de tabloïds qui suivent chacun de leurs gestes, et surtout d’une pluie de hits qui les propulsent au sommet des charts britanniques. En à peine quatre ans, Take That va enchaîner pas moins de sept numéros un au Royaume-Uni. C’est une cadence infernale, une industrie du tube parfaitement huilée… Pour mesurer la puissance de cette époque, on s’écoute un medley de leurs classiques — de Could It Be Magic jusqu’à How Deep Is Your Love..
INSERT — Take That Medley Take That https://drive.google.com/file/d/1oVk4H3x2i3ZhpLtjWKt5g3hMkCU1_PIt/view?usp=sharing
Lui ne s’y retrouve pas. Les chorégraphies sucrées, les ballades calibrées… ce n’est pas tellement son truc. Il boit trop, se drogue trop. Le 16 février 1995, on finit par lui demander de gentiment quitter Take That. Quelques semaines plus tard, il s’affiche avec Noel et Liam Gallagher sur la scène du festival Glastonbury. Oasis est au sommet, Robbie semble un peu perdu mais cherche à tout prix à casser cette image de popstar et se tourne vers la britpop rebelle.
Plus tard Robbie dira de cette période :
“Je suis parti avec le ventre plein de champagne et une poche pleine de cocaïne, prêt à devenir fou”
Les tabloïds s’emballent. Et lui plonge encore un peu plus dans ses excès. Au fil des semaines, Robbie devient méconnaissable. Il a pris plus de 15 kilos, il carbure à l’alcool et aux pilules. Beaucoup pensent qu’il est déjà fini. Mais il tente un coup en reprenant Freedom de George Michael :
INSERT — Freedom : https://www.youtube.com/watch?v=eZ05LV-EKYs
Manu : Cette reprise de George Michael se classe quand même numéro 2 au Royaume-Uni. Ça ne révolutionne rien, mais ça lui permet de prouver qu’il existe encore !
Robbie entre alors en cure de désintoxication. Il en ressort cabossé mais décidé à se reprendre en main : à l’été 1997, Robbie sort deux singles. Les résultats sont mitigés, les critiques tièdes. On murmure déjà la fin de sa carrière solo avant même qu’elle n’ait commencé. Et pourtant.
En septembre 1997, Robbie Williams sort son premier album, Life Thru a Lens, qui au début devait s’appeler « The Show-Off Must Go On ». Ça donne le ton.
L’album s’inspire directement de la britpop. On sent Oasis partout, Blur parfois, et surtout cette volonté de mettre un maximum de distance avec Take That. Robbie écrit des textes très personnels : Il règle ses comptes avec ses ex-collègues de Take That dans “Ego a Go Go” (coucou Gary Barlow), rend hommage à sa mère dans « One of God’s Better People » et affronte ses traumas et humiliations d’enfance dans le morceau caché «Hello, Sir ». C’est cru, c’est insolent, parfois maladroit. Mais c’est sincère. Et ça tranche.
Manu : À sa sortie, l’album entre à la 11e place des charts britanniques. Puis dégringole jusqu’à la 104e place. Autant dire dans l’indifférence générale.
La critique enterre déjà l’ancien Take That. La revue musicale Melody Maker écrit en 1997 :
« Il n’y a rien ici… Bien sûr, Robbie Williams est probablement l’un des types les plus fascinants et malchanceux qu’on puisse croiser. Mais cet album ressemble plus à un communiqué de presse qu’à un disque – et ce n’est pas ce que j’appelle de la musique. »
Et puis, le miracle se produit en décembre 1997
INSERT — Angels quelques secondes du refrain d’Angels : https://www.youtube.com/watch?v=luwAMFcc2f8
Une ballade simple, poignante, universelle. Toute l’Angleterre s’en empare et pardonne tout à son enfant prodigue et fracassé à la personnalité irrésistible. Résultat : un million d’exemplaires vendus. Double disque de platine. Angels devient l’hymne d’une génération. A tel point qu’en 2005, les Britanniques l’ont élue chanson qu’ils souhaitaient le plus entendre à leurs funérailles.
Manu : Il en a même enregistré une version espagnole :
INSERT — Angels spanish version https://www.youtube.com/watch?v=HnVZf-vGRbc
Angels est la chanson qui va complètement faire basculer le destin de l’album et de Robbie. A tel point que la critique change soudain de ton. Colin Larkin dans son Encyclopedia of Popular Music, constate que « jamais auparavant autant d’experts et de critiques n’avaient été autant démentis. » Martin C. Strong dans son livre The Great Rock Discography déclare que Robbie Williams a gagné le match : « Williams a eu le dernier mot, battant haut la main ses anciens acolytes de Take That… et séduisant un large éventail de goûts musicaux grâce à son style irrésistible. »
Entre les lignes, un constat : même si la critique le juge inégal, le public, lui, est déjà conquis. Grâce à « Angels », Life Thru a Lens grimpe peu à peu : 27 semaines après sa sortie, il atteint la première place des charts. Il s’y maintiendra deux semaines, mais restera classé 218 semaines. Presque quatre ans !
Manu : Et si on fait les comptes aujourd’hui, l’album s’est vendu à plus de 2,4 millions d’exemplaires au Royaume-Uni, 4 millions dans le monde. Il est 8 fois disque de platine, c’est complètement dingo.
Et derrière « Angels », un autre tube vient sceller l’affaire : « Let Me Entertain You », devenu depuis LE titre d’ouverture de la plupart des concerts de Robbie.
Ce titre est un manifeste : Robbie Williams est devenu un entertainer, bien loin du gamin paumé et dégagé, avec pertes et fracas, de Take That. Ce n’est pas un chanteur, ce n’est pas un acteur… c’est bien plus que cela. En 1998 déjà il le revendique dans une interview pour l’émission Plus vite que la musique sur M6 :
INSERT — ITW Plus vite que la musique 1 :15 > 1 :27
« Je suis un mélange de plein de choses, et tu sais, je ne suis pas chanteur, je ne suis pas acteur, je ne suis pas auteur-compositeur, je ne suis pas une personnalité télé… je suis tout ça à la fois. »
INSERT – Let me Entertain You https://www.youtube.com/watch?v=ymPu2PdLW3I
Manu : Il faut dire aussi que Life Thru a Lens est l’album de la revanche. Il lui permet d’éclipser Gary Barlow et Mark Owen, ses anciens camarades de Take That, qui échouent à percer en solo.
Life Thru a Lens, c’est sa revanche en effet, mais c’est aussi l’acte de naissance du Robbie Williams que l’on connaît encore aujourd’hui : cabotin, fragile, mais immense showman qui embarque des stades entiers. Cet album, que tout le monde avait enterré, devient son tremplin vers une carrière de géant de la pop britannique. Par la suite, Robbie Williams marquera la rencontre entre deux mondes. D’un côté, la pop de masse héritée des boys bands. De l’autre, l’énergie britpop, Oasis, Blur, Pulp. Lui, fusionne tout ça dans un format accessible, radio-friendly, mais avec une ironie et une sincérité qui parlent à tous. La force de Robbie Williams, c’est d’avoir su transformer le chaos en succès story, de chanter ses fragilités pour en faire des hymnes universels.Plus de 25 ans plus tard, Angels reste encore l’une des chansons les plus chantées dans les pubs anglais. Et Life Thru a Lens demeure ce moment où un gamin de Stoke-on-Trent a prouvé au monde entier que le show devait continuer.
Je vous propose de terminer cette chronique avec un extrait de ce qui restera comme le couronnement de l’autre prince Williams, Robbie Williams : 80 000 personnes qui reprennent « Angels » en chœur. Nous sommes le 27 Juin 98 au festival de Glastonbury :
INSERT — Angels Live Glastonbury ‘98 https://www.tiktok.com/@still.living.in.the.90s/video/6931901262157991173?lang=fr
Manu : Merci Oli pour cette super chronique ! C’est donc “Angels” qui a sauvé le disque, et le disque a sauvé la carrière de Robbie. Alors ce genre de miracle est déjà arrivé dans l’histoire de la pop, on se souvient de Michael Jackson avec Billie Jean, Nirvana avec Smells Like Teen Spirit, ou de The Verve avec Bitter Sweet Symphony. Mais l’histoire d’Angels reste l’une des plus spectaculaires des 90s.
Le making-of de "Life Thru a Lens"
Manu : On va continuer d’explorer le LIfe thru a Lens et maintenant son making of avec toi Grégoire. Ce disque est un tournant majeur pour Robbie Williams qui veut lancer sa carrière solo et dépasser son image de chanteur à midinettes… Pour y parvenir, il va pouvoir compter sur les conseils d’un vétéran de l’industrie musicale, David Enthoven.
Oui David Enthoven, c’est un agent artistique qui va avoir un rôle crucial dans la carrière solo de Robbie Williams. C’est en effet une figure bien connue de l’industrie, il a été manager de King Crimson à la fin des 60’s, il a aussi contribué a lancé Roxy Music puis la carrière solo de Bryan Ferry.Au début des années 90, il lance IE music avec Tim Clark un ancien d’Island records et c’est sous cette nouvelle bannière que Robbie Williams trouve refuge lorsqu’il claque la porte des « Take That ». Une histoire qui dure puisque Robbie Williams reste à ce jour le plus gros client de l’agence.
Pour être très clair, Robbie Williams doit quasiment tout à David Enthoven, même sa vie. A son décès en 2016, le chanteur l’a qualifié « d’ami, de mentor et de héros ».
Oui de héros car le manager l’a aidé à se maintenir à flots pour enregistrer ce premier album. David Enthoven lui-même avait connu une longue traversée du désert dans les années 80, à cette période il perd sa femme, sa maison et connaît plusieurs cures de désintox avant de rebondir. On comprend donc assez aisément pourquoi cette rencontre a été déterminante pour Robbie Williams.
Déterminante d’un point de vue personnel mais surtout professionnel car David Enthoven va réussir avec brio à faire passer Robbie Williams du statut de chanteur de Boys Band à celui d’artiste solo respecté.
Manu : Ouais et on va dire qu’il y a du boulot : parce que Robbie Williams est en roue libre total. David Enthoven lui suggère donc plusieurs noms d’arrangeurs pour l’aider à accoucher des premières chansons de l’album…
Oui l’histoire est assez marrante, en fait David Enthoven montre à son poulain une liste de noms susceptibles de collaborer avec lui et Robbie Williams qui croit beaucoup dans le destin pointe du doigt un nom : ce sera avec Guy Chambers, l’autre grand artisan de la réussite de la carrière solo de Robbie Williams.
Guy Chambers, c’est un musicien britannique qui a reçu une formation classique, son père était flûtiste pour le London Philharmonic Orchestra. C’est quelqu’un qui lit la musique et qui a une connaissance très approfondie des harmonies, c’est donc un peu Rencontre du troisième type entre l’ancien membre de Take That, instinctif et brouillon, et Guy Chambers, qui a écrit son premier quatuor à cordes à l’âge de 12 ans. Qu’à cela ne tienne, RDV est pris chez Guy Chambers le 8 janvier 1997, la suite c’est Guy Chambers himself qui nous la raconte dans cette Masterclass donnée il y quelques années.
INSERT — 1 ITV GUY CHAMBERS
“J’ai rencontré Robbie par mon éditeur qui m’a demandé si je pouvais lui écrire de la “vilaine pop”. Je lui ai dit “oh oui’ je peux faire ça. J’étais assez confiant sur ce fait à l’époque. Robbie n’a rien dit quand on s’est rencontrés pour la première fois. Il est juste entré chez moi et m’a demandé où était mon studio. Je lui ai dit que c’était dans la chambre à l’étage. Il est monté directement et il a commencé à chanter. J’ai dû attraper une guitare pour le suivre et on a commencé à écrire sur le champ.
Le processus de composition était assez simple : on utilisait soit une guitare acoustique, soit un piano, parfois on utilisait un rythme préenregistré, par exemple j’ai utilisé un rythme jungle pour let me entertain you. En fait, je ralentissais le tempo de 180 à 140 BPM. Donc voilà parfois on utilisait des rythmes mais la plupart du temps c’était très simple : guitare/ voix ou piano/voix”.
Et ce qui est dingue, c’est que le duo va accoucher en seulement quelques heures de plusieurs des titres les plus emblématiques de l’album. Ce 8 janvier 1997, les deux artistes terminent en seulement 30 minutes « South of the Border », qui allait devenir un single. Ils écrivent trois chansons en un après-midi, « Killing Me », « Teenage Millionaire » et “Life Thru a Lens”, satire de la vie de célébrité menée par Robbie Williams ces dernières années
INSERT — 2 Life Thru a lens
Le lendemain, les deux compères mettent cette fois en boîte « Angels » en 20 minutes. Petite anecdote racontée par l’auteur Paul Scott à qui l’on doit une excellente biographie parue au début des années 2000 et très justement intitulée « Anges et démons », le matin même, le chauffeur de taxi qui dépose Robbie Williams chez Guy Chambers reconnaît la star et lui demande ce qu’il devient. Le chanteur lui explique qu’il prépare son premier album solo et une fois le soir venu c’est ce même chauffeur de taxi qui revient le chercher. Robbie Williams ne résiste pas à l’envie de lui faire écouter cette toute première version. « ça c’est un numéro 1 », réagit le chauffeur qui ne croit pas si bien dire.
INSERT — 3 Démo Angels
Manu : On vient d’écouter dans Radio K7 la première démo de Angels signée Williams et Chambers… Enfin “première, pas tout à fait, parce qu’une autre démo avait été enregistrée quelques mois plus tôt du côté de Dublin…
Anecdote Ray Heffernan
Mais l’enregistrement n’est pas très concluant et la chanson manque d’un refrain… malgré tout les deux hommes décident de se revoir, Robbie propose à Ray de venir le voir à Londres, sauf qu’arrivé à l’aéroport le musicien irlandais constate que personne n’est venu le chercher. Il apprend que Robbie est en fait chez sa mère à Stoke et il décide d’aller lui rendre visite sauf que l’ancien de Take That est en plein épisode dépressif et n’a aucune envie de recevoir de la visite. C’est la dernière fois que les deux hommes se voient. Quelques mois plus tard, Ray accepte 7 500 livres de la maison de disques sans savoir qu’Angels allait devenir l’un des plus grands hit de l’histoire de la musique britannique. Mais l’histoire n’est peut-être pas fini puisque le musicien pourrait lancer une action en justice nous apprend le Irish Independant dans un article publié fin août 2025.
Manu : C’est une clause européenne lui ouvre le droit de toucher plus quand son œuvre cartonne au-delà des prévisions. On lui souhaite bonne chance ! L’enregistrement studio de Life thru a Lens se déroule au printemps 1997 et le moins que l’on puisse dire, Grégoire, c’est que c’est assez chaotique !
Oui en fait les musiciens pouvaient passer parfois plusieurs jours à attendre Robbie Williams qui se présente en studio un peu quand il veut et surtout quand il est en état, il faut parfois aller le chercher dans les pubs du coin pour le ramener au micro. Quand il est là, il se retrouve parfois à picoler des bouteilles de vin sous la console. Mais pour le motiver, ses managers ont trouvé une astuce : ils font venir des jolies filles. Voilà qui réveille notre Robbie qui n’a jamais été un chanteur de studio mais préfère l’excitation de la scène et les regards d’un public portés sur lui. Cette fragilité, Robbie Williams n’en fait pas mystère, comme sur le titre One of God s Better people.
INSERT — 4 INSERT ITV ROBBIE WILLIAMS
Manu : Cette chanson a en fait été écrite pour ma mère. C’était une période particulièrement éprouvante de ma vie et j’ai eu la chance d’avoir ma mère à mes côté à ce moment-là, car j’étais pas vraiment heureux. Je ne laissais personne m’approcher, c’était impossible de me faire des amis. Je sais que ça peut sembler dingue parce qu’on me voit toujours entouré de plein de gens ; mais je ne laissais personne m’approcher… sauf ma mère. C’est vraiment une chanson pour lui rendre hommage. Je pourrais simplement lui dire que je l’aime mais j’ai préféré le mettre en musique et en paroles et lui montrer “voilà maman, c’est ça que je ressens”. [intermède musical]. Toute la famille Williams a pleuré en entendant la chanson je pense, moi-même je pleurais en l’écrivant, vraiment je pleurais à grosses larmes.”
Côté technique, l’accent est mis sur des prises de son lives auxquels on incorpore de la programmation numérique et des overdubs. Plusieurs titres comportent des arrangements orchestraux : cordes, parfois cuivres, etc. Par exemple, Angels crédite l’orchestre London Session Orchestra. On peut aussi signaler le soin accordé à l’enregistrement des voix. Il y a beaucoup de choeurs, répartis sur plusieurs pistes, lui-même y participe, ce qui permet d’épaissir le son, et souvent de juxtaposer voix proches/éloignées dans le champ stéréo pour donner de la profondeur, cela permet aussi de créer de jolies harmonies Côté production, on nage en pleine époque britpop avec les Supergrass, Blur et Oasis et évidemment cela influence beaucoup le son de l’album.
Pour illustrer tout ça Je vous propose pour finir de décortiquer le titre Let me entertain you qui titre lorgne du côté du glam rock… On commence avec ce groove de piano qui constitue le fil rouge du titre
INSERT — 5 Décryptage multipiste Let me entertain you
L'univers visuel de Robbie Williams
Manu : Merci Greg pour cette exploration sonore. Il est génial ce titre, Robbie le joue en mode glam, théâtral, presque Bowie. Mais derrière cette ouverture en fanfare, Life Thru a Lens reste bien ancré dans la britpop : avec guitares mordantes, refrains hérités des Beatles qu’on peut tous reprendre en cœur, et cette posture de “lad” à la Oasis. Une attitude qu’on retrouve aussi dans son image comme on va le voir maintenant avec Fanny. Car à ce moment-là, Robbie est en pleine reconstruction : il doit inventer son personnage de star, cette fois en solo.
Fanny : Et oui les amis, je vous propose un petit retour vers le futur, on attache sa ceinture et on embarque direction le UK en 1995. Après 4 années au sein de Take That, Robbie Williams quitte le boys band dans un bain de sang médiatique. Les tabloïds anglais le défoncent, les fans hurlent à la trahison et les paparazzi le traquent 24h/24. Robbie a 21 ans, il est en dépression, il se drogue à tout va, bref c’est le grand n’importe quoi… et tout ça sous les flashes. Pendant deux ans, c’est l’un des hommes les plus haï et les plus attendus au tournant d’Angleterre.
Manu : En 97, Robbie sort donc son premier album… et vous l’avez sûrement en tête, cette pochette. Parce que ce n’est pas juste une photo, c’est un vrai manifeste, non ?
Fanny : Totalement, la pochette de Life Thru a Lens, c’est un parfait exemple de cynisme et de second degré signé Andy Earl, un photographe qui a bossé avec les plus grands (de Prince à Madonna, en passant par Pink Floyd, Johnny Cash et les Stones)… Andy Earl immortalise Robbie au centre d’une meute de paparazzi. Y’a pas un, pas deux… mais une armée d’objectifs braqués sur lui. Cette image c’est pas une pose, c’est un constat. Comme s’il nous disait : « Vous vouliez me voir ? Eh bien me voilà. En gros plan. En stéréo. En technicolor. J’ai survécu and I’m back bitches. »
Manu : C’est 100% une critique de la violence du star system cette image…
Fanny : Oui mais c’est réaliste. À 21 ans, c’était un paria. À 23 ans, il revient en rescapé. Cette pochette, c’est sa manière de dire avec lucidité qu’il assume d’être un monstre de foire, mais que maintenant ça serait bien qu’il soit aussi dans les spotlights pour sa musique…
Outre la pochette, on découvre dans le livret du CD toute une série photo déclinant ce thème de Robbie harcelé par la presse à la sortie d’un faux tribunal ou dans les rues de Londres. Les images sont hyper vivantes, cacophoniques, très typées mode. Dessus Robbie exulte, on voit qu’il s’éclate vraiment avec le photographe.
La séance photo se déroule à Londres sur 2 jours, Robbie est habillé par Alexander McQueen. Dans une vidéo du making of que j’ai trouvée sur internet, on voit Robbie jouer les cabotins sur le plateau, il tombe sous le charme de la mannequin qui lui sert de partenaire et la seule chose à laquelle il pense c’est s’il va réussir la pécho ou pas avant la fin de la journée ! Globalement, tout se passe à merveille, l’équipe est contente, Robbie est content, on l’entend dire « j’espère que ça sera le début d’une belle histoire ». Et il avait raison !
Manu : En tous cas, c’est une pochette qui va marquer durablement l’univers de Robbie Williams, puisqu’il décide de la revisiter pour l’affiche de son biopic Better Man en 2025. Bande annonce s’il vous plaît !
INSERT — Bande annonce Better Man VF 0’00 > 0’25 (“alors on reprend du début ok ?”)
https://www.youtube.com/watch?v=o7kB9SjkIIk
Fanny : Oui, pour promouvoir le film, ils ont repris la pochette originale… mais en remplaçant Robbie par un singe en VFX comme dans le film. Moi je trouve que c’est un bel hommage à ses débuts. Presque 30 ans plus tard, ça résume aussi bien sa carrière : un mélange de talent, de provoc’ et d’autodérision. Même en singe, Robbie reste une icône. Le roi de la Britpop, mais avec un petit sourire malicieux en coin. Vous avez vu le film ou pas ?
Manu : Après cette pochette coup de poing, où on le voit littéralement dévoré par les médias, Robbie a besoin de souffler… de se montrer seul, autrement. Et ça, il le fait avec le clip d’Angels.
Fanny : Exactement ! La pochette disait « Voilà ce que vous avez fait de moi ». Angels, c’est « Et voilà qui je suis vraiment ». Une autre manière de revenir sur la période de remise en question post Take That, c’est je pense de montrer qu’il a mûri et qu’il est capable d’endosser son rôle de singer songwriter en solo…
Pour mettre en image sa métamorphose, il fait appel à Vaughan Arnell, un réalisateur anglais dont la carrière a décollé au milieu des 90s grâce au clip de Back for Good tourné en 95 pour Take That. Après cette première collab, Robbie le retrouve pour le tournage d’Angels, qui sera le début d’une solide amitié et d’une collaboration fidèle puisqu’ils vont tourner pas moins de 15 vidéos ensemble. En gros, tous les clips les plus connus de Robbie sont signés par lui.
Pour Angels, Vaughan Arnell pense qu’il faut voir les choses en grand. On va s’écouter une courte interview où il raconte ce qu’il avait en tête :
INSERT — ITW Making of Angels Insert_clip Angels_vaughan arnell.mp3
« The idea I came up with was to set the film in two opposite locations, one was a big expanse of beach and a really sort of hard black and white East Berlin type housing estate, I think it should be big and epic looking.
“L’idée que j’ai eue, c’était de tourner le clip dans deux décors radicalement opposés : d’un côté, une plage à perte de vue et de l’autre, un quartier HLM en noir et blanc, style Berlin-Est. Je voulais que ça ait une allure à la fois monumentale et épique”
Ce clip, c’est effectivement une superposition de 2 univers. Les plans aériens alternent entre des images de Robbie qui contemple le ciel et marche seul sur l’immense plage déserte de Saunton Sands, dans le Devon, ou bien perdu dans un complexe urbain froid et sans concession de la région de Londres. Ce clip, c’est Robbie qui se réapproprie son image : finies les chorégraphies synchronisées, finis les sourire forcé comme à l’époque Take That. Juste lui, solitaire et mélancolique, qui remonte son col roulé sur les joues comme Zidane l’a fait à sa grande époque dans la pub du parfum Dior.
Manu : Mais attends, Robbie il reste pas seul longtemps dans le clip si je me rappelle bien !
Fanny : Ah non, il fait pas que marcher seul sur la plage. En bon anglais qui se respecte, on le voit dribbler avec un ballon de foot, en bon mâle blanc qui se respecte on le voit rider à bord de sa moto Suzuki (modèle RV125 si ça intéresse les fans), et en bon Don Juan de la Pop qu’il est, on le voit galocher une jolie blonde. Ça, c’est même Vaughan le réalisateur qui l’a dit dans une des bios sur la carrière de Robbie : « Sa solution de secours pour ses clips, quel que soit le scénario, c’est toujours de finir par embrasser quelqu’un. De préférence une personne qui lui plaît dans la vraie vie, histoire de rendre le tournage encore plus agréable. »
C’est une recette qu’il a parfaitement appliquée sur le tournage du clip de Feel en 2002, en choisissant comme partenaire l’actrice Daryl Hannah qui était en plein tournage de Kill Bill à l’époque. Dès lors qu’il a compris que sous couvert de promo, il pouvait rouler des pelles aux plus belles meufs de l’industrie, pourquoi se priver ?
Manu : Il sait se faire plaiz le petit coquin ! Et il y a aussi un côté méta dans le clip de Angels (je ne sais pas si c’est voulu) parce qu’on aperçoit une caméra et 3 assistants rouler à côté de la moto. Pour finir Fanny, je crois que tu as déniché un fun fact sur le clip d’Angels…
Fanny : Tout à fait ! En 2022, le chanteur anglais Olly Murs, qui a connu la fame outre-manche grâce à l’émission X Factor, décide de faire un remake d’Angels pour son single Hand on Heart. Il embauche le même réal, Vaughan Arnell, et va refaire le clip quasiment plan par plan : même plage, même moto, même ballon de foot… et même Robbie qui fait une apparition à l’écran pour lui donner sa bénédiction !
Un hommage assez drôle, qui prouve que ce clip a marqué l’histoire et est devenu un vrai incontournable de la pop culture contemporaine.
Manu : Et c’est marrant parce qu’on a joué aux 7 différences entre les deux clips avec Fanny pour préparer cette épisode, parce qu’on cherchait désespérément à trouver où les plans de ville, avec un architecture d’inspiration brutaliste avait été tourné. Chez Olly Murs c’est facile c’est le Barbican Center à Londres, mais dans le clip de Robbie impossible de retrouver l’endroit. Je me suis même ballader à Stoke-en-Trent pour voir s’il n’avait pas tourné là-bas en hommage à sa ville de naissance ou je sais pas quoi mais non. Donc si vous trouver l’info je suis preneur !
À PROPOS DE RADIO K7 PODCAST
Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.
Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !
« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »
Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “







