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Retranscription de l'épisode

Eminem “The Slim Shady LP”

(1999)

EN QUELQUES MOTS

Aujourd’hui, direction Detroit avec Eminem !  C’est en 1999 qu’un jeune blanc-bec de Detroit déboule dans le rap game avec The Slim Shady LP. Après le bide total d’un premier disque vendu à quelques dizaines d’exemplaires, Eminem laisse la place à son double maléfique, un type nasillard qui raconte les pires horreurs avec beaucoup de groove et d’humour.

De « My Name Is » à « Guilty Conscience » en passant par « Role Model » ou « Just Don’t Give a Fuck », The Slim Shady LP est un disque drôle, méchant, ordurier et absolument impossible à ignorer.

Numéro 1 des ventes hip-hop, quadruple disque de platine et deux Grammy Awards : en quelques mois, Eminem devient à la fois la nouvelle star de MTV et le cauchemar préféré de l’Amérique. Mais comment un mec pareil a-t-il réussi à se faire respecter par le gotha du rap ? C’est ce qu’on va vous raconter dans cet épisode !

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Retour en 1999

Voilà pour les 14 titres de The Slim Shady LP ! Il y a en tout 20 pistes en comptant les skits, ces petits sketchs marrants entre les morceaux.

L’album sort le 23 février 1999 en CD, en cassette et en double vinyle, sur les labels Aftermath et Interscope, de Dr. Dre et Jimmy Iovine. Et c’est ce même jour que sortent aussi FanMail de TLC, qui va lui piquer la première place du Billboard, et Things Fall Apart des Roots, qui perdra face à lui le Grammy du meilleur album de rap un an plus tard.

1999, c’est aussi l’année du come-back de Dr. Dre. Le parrain sort son propre album, 2001, avec bien évidemment son poulain dessus : on vous en parlait dès la saison 2 de Radio K7. J’espère que vous suivez !

Pendant ce temps-là, en France, on passe à l’euro, José Bové démonte un McDo, et on regarde l’éclipse totale de soleil avec des lunettes en carton ! Dans les oreilles, c’est « Tomber la chemise » de Zebda tout l’été, et au ciné, on va voir American Pie, Star Wars, épisode I et bien évidemment Matrix ! Matrix, qui a pas mal influencé Eminem et Dr. Dre, on va en reparler.

La story d'Eminem

Manu : Aujourd’hui, on plonge dans l’histoire d’un disque qui a provoqué un bug dans la matrice culturelle américaine. Un album qui a fait entrer dans les salons de la classe moyenne américaine un rappeur blanc, pauvre, blond peroxydé, venu de Detroit, qui raconte la violence, la drogue, ses fantasmes absurdes et ses problèmes avec sa mère. Un disque qui a fait d’un type en train de se faire expulser de sa caravane la plus grosse star du rap mondial.

Olivia : Pour raconter The Slim Shady LP, j’ai envie de commencer par une scène qu’on a tous en tête.

INSERT — 8 Mile (2002), la battle finale
https://www.youtube.com/watch?v=qJOJO_EoqfE

Olivia : Il s’agit bien sûr de la scène de battle finale du film autobiographique 8 Mile. Évidemment, 8 Mile n’est pas un documentaire. Mais cette scène raconte une vérité essentielle sur Marshall Mathers. Avant Eminem, avant MTV, avant Dr. Dre, avant les Grammy Awards, il y a un gamin pauvre de Detroit qui passe son temps dans les battles de rap. Et à l’époque, rien ne joue en sa faveur. Déjà, il est blanc. Aujourd’hui, ça peut paraître anecdotique, mais au milieu des années 90, dans le hip-hop américain, c’est un handicap majeur.

Manu : Alors, il y avait bien eu des rappeurs blancs respectés avant lui, je pense par exemple aux Beastie Boys. Mais il y avait surtout eu Vanilla Ice, en survêt flashy. Ce qui n’aide pas franchement la cause. C’est un peu comme vouloir devenir le nouveau Kurt Cobain juste après la carrière de Patrick Fiori.

INSERT — Vanilla Ice, « Ice Ice Baby »
https://www.youtube.com/watch?v=rog8ou-ZepE

Olivia : Eminem, donc, c’est pas le même délire. Il a 9 ans quand son oncle Ronnie lui apporte la bande originale du film Breakin’. Dessus, il y a un morceau avec Ice-T. C’est le premier rap qu’il entend de sa vie, et à partir de là, c’est une obsession. Il grandit avec LL Cool J, Public Enemy et N.W.A. Il connaît parfaitement les codes de cette culture. Mais personne n’attend un rappeur blanc venu des quartiers pauvres de Detroit.

Et quand on dit Detroit, il faut imaginer une ville en crise. Les usines ferment, les emplois disparaissent, les quartiers se dégradent. Et au milieu de tout ça, il y a un endroit qui va devenir crucial dans son histoire : le Hip Hop Shop, sur la 7 Mile Road. Tous les samedis après-midi, un rappeur nommé Proof y organise des battles de freestyle.

Rappeur de Detroit, futur membre de D12, Proof remarque tout de suite Eminem et son talent brutal. Il devient son ami, son partenaire de scène et son premier supporter. Quand tout le monde doute d’Eminem, Proof continue de croire en lui.

Manu : Nous sommes en 1996, Eminem sort un premier album : Infinite. Il y raconte sa vie de galère à Detroit, son boulot de plongeur dans un restaurant, sa relation compliquée avec sa petite amie Kim et la naissance de sa fille Hailie. Extrait :

INSERT — Eminem, « Never 2 Far »
https://www.youtube.com/watch?v=EFq1DG9Hjuw

Tout le monde s’accorde à dire qu’il est techniquement bon, mais on lui reproche de ressembler à Nas. En gros, on lui dit qu’on ne sait pas encore qui il est. Commercialement, c’est un désastre : 1 000 exemplaires pressés. Et Eminem lui-même dira, des années plus tard, en avoir vendu « peut-être 70 ».

Manu : Ah oui, 70, c’est pas beaucoup ! J’ai regardé sur Discogs, il se revend maintenant à 700 balles ! Avis aux collectionneurs. Petite parenthèse sur le nom, d’ailleurs. Eminem, c’est juste ses initiales : Marshall Mathers, M et M. Il l’écrivait comme ça, « M & M », comme les M&M’s cacahuètes ou choco, mais il s’est dit que c’était plus prudent de l’écrire en phonétique.

Olivia : À ce moment-là, il vit dans une précarité extrême. Il travaille comme cuisinier dans un restaurant de Detroit, pour 5,50 dollars de l’heure.

Manu : Donc quand on parle de « partir de rien », pour une fois, ce n’est pas une formule.

Olivia : On peut dire que c’est vraiment la merde. Et la situation se dégrade encore : il sombre dans l’alcool, les médicaments, la dépression. Il fera même une tentative de suicide. Mais Proof refuse de le lâcher. Et c’est précisément à ce moment-là qu’il a une idée géniale. Si le monde n’est pas prêt pour la musique d’Eminem, alors il va devenir un autre.

Manu : Slim Shady.

Olivia : En fait, cette idée naît au sein d’un collectif de Detroit : les Dirty Dozen, le futur D12. Proof demande à chacun d’inventer un personnage. Une version excessive, incontrôlable, grotesque de lui-même. Marshall trouve alors LE nom qui va changer sa vie.

INSERT — Affaires sensibles (France Inter, 12 février 2025)
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mercredi-12-fevrier-2025-6921950

Olivia : Les Inrocks résumeront ça parfaitement des années plus tard : « Beaucoup d’artistes se trouvent eux-mêmes. Eminem, lui, se trouve un alter ego. » Slim Shady, c’est tout ce que Marshall n’ose pas être : plus violent, plus drôle, plus cruel, plus vulgaire, plus libre. Plus honnête aussi, d’une certaine façon. Comme si Marshall Mathers avait inventé un double chargé de dire toutes les choses socialement inacceptables qu’il pensait tout bas. Et ça marche.

Manu : En 1997, il enregistre The Slim Shady EP. Et pour la première fois, les gens commencent à parler de lui.

INSERT — Eminem, « Just Don’t Give a Fuck » (The Slim Shady EP)
https://www.youtube.com/watch?v=H1L54_n3cws

Olivia : Puis arrive un événement devenu quasiment mythologique dans l’histoire du rap : les Rap Olympics de Los Angeles. Nous sommes le 24 octobre 1997. Il hésite à participer, mais il y a 500 dollars à gagner, et surtout une Rolex. Quand on est à découvert, ça compte. Eminem participe donc au concours et finit deuxième. Normalement, l’histoire s’arrête là. Mais une cassette du Slim Shady EP passe de main en main, circule dans l’industrie, finit chez Interscope et arrive finalement sur le bureau d’un certain… Dr. Dre.

INSERT — Affaires sensibles (France Inter, 2025) : Dr. Dre

Manu : Franchement, cette séquence, on l’aurait vue dans un film, on se serait tous dit que c’est totalement improbable.

Olivia : La vie a parfois plus d’imagination. Parce qu’à ce moment-là, Dr. Dre est déjà une légende. Il est certainement le producteur le plus influent du rap américain. Il reçoit donc la cassette d’un gamin blanc fauché venu de Detroit. Et il adore. Chez Interscope, beaucoup se demandent ce que Dre fabrique, s’il n’est pas devenu fou. Personne ne comprend pourquoi il mise son avenir sur ce rappeur blanc qui se teint les cheveux et raconte des horreurs dans ses chansons. Mais Dre sait qu’il a quelque chose. Dans son interview pour Tracks en 1999, Eminem raconte que sa rencontre avec Dr. Dre lui a probablement sauvé la vie.

INSERT — Interview d’Eminem, Tracks (Arte, 1999)
https://www.youtube.com/watch?v=mh-vx37HgBo

Manu : Et de cette rencontre naît l’album qui nous intéresse aujourd’hui.

Olivia : Le 23 février 1999 sort The Slim Shady LP. Et honnêtement, personne n’est prêt. Pas les radios. Pas MTV. Pas les parents d’élèves. Et certainement pas sa mère.

INSERT — Publicité TV pour « My Name Is » (INA)
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/publicite/pub1156327053/eminem-my-name-is

Olivia : Le son de Dre et la voix d’Eminem : on n’avait jamais entendu ça. C’est une déflagration. Slim Shady débarque avec toutes ses obsessions : la drogue, le sexe, la violence, les célébrités, sa mère, sa petite amie Kim. Personne n’est à l’abri.

Manu : En France non plus, personne ne sait vraiment quoi faire de lui.

INSERT — Affaires sensibles (France Inter, 2025)

Olivia : L’époque semble avoir façonné ce monstre insolent : après le traumatisme des assassinats de Tupac et de Notorious B.I.G., le rap US devient très commercial, très bling-bling. À côté de ça, la culture populaire se vautre dans l’excès : c’est l’époque de South Park, de Jackass. Au cinéma, on va voir l’ultra-violence de Fight Club et d’American History X. Eminem, lui, transforme sa vie, ses galères et sa famille en matière première artistique. Tout est exposé, exagéré. Tout est transformé en spectacle.

INSERT — Eminem, « Brain Damage »
https://www.youtube.com/watch?v=ifi6mPWoXxY

Olivia : Dans ce morceau, Eminem raconte les violences qu’il a subies à l’école. La chanson est volontairement grotesque. Sauf que DeAngelo Bailey, le nom de son harceleur dans la chanson, existe réellement, et il a vraiment harcelé le petit Marshall à l’époque. Il finira même par le reconnaître publiquement, avant de l’attaquer plus tard en justice.

Manu : C’est génial : le mec attaque ensuite Eminem pour un million de dollars, en expliquant qu’il l’avait juste un peu bousculé.

Olivia : Voilà. Et cette histoire résume parfaitement le cas Eminem. Parce que tout le monde confond Marshall Mathers et Slim Shady, même quand lui essaie de les séparer. Les polémiques finissent par exploser de partout. Les associations familiales s’indignent et les médias s’alarment. Mais Eminem répond toujours la même chose : Slim Shady est un personnage. Il répète alors ce qu’il dira pendant des années : ce n’est pas Marshall Mathers que vous écoutez, c’est Slim Shady. Ce n’est que de la fiction. Rien de plus.

Le meilleur exemple reste peut-être sa propre mère. À force d’être évoquée dans ses chansons, elle finira par enregistrer, quelques années plus tard, un morceau pour répondre publiquement aux insultes de son fils.

INSERT — « Set the Record Straight », la réponse en chanson de la mère d’Eminem
https://www.youtube.com/watch?v=5fa-vO2bWNc

Manu : Et commercialement, il marche comment, cet album ? Celui d’Eminem, hein, pas celui de sa mère ?

Olivia : C’est un raz-de-marée. 280 000 exemplaires vendus la première semaine. 480 000 en deux semaines. Plus de 3 millions au bout d’un an. Avec The Slim Shady LP, Eminem passe du statut de rappeur underground inconnu en dehors de Detroit à celui de star incontestée du rap. Il devient par la même occasion le nouveau problème national américain.

Manu : Et puis arrive la consécration.

Olivia : Nous sommes le 9 septembre 1999, sur la scène des MTV Video Music Awards. Lars Ulrich, de Metallica, présente Eminem, qui partage la scène avec Dr. Dre et Snoop Dogg. Quelques mois auparavant, une bonne partie de l’industrie se demandait encore s’il n’était pas une blague. Sauf que cette fois, la blague partage la scène avec la royauté du rap.

INSERT — Eminem, Dr. Dre et Snoop Dogg aux MTV Video Music Awards (1999)
https://www.youtube.com/watch?v=0w-jjbE3Q9o

Manu : Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’il reste de The Slim Shady LP ?

Olivia : Cet album est une prise de pouvoir : il impose Eminem comme l’une des nouvelles figures du rap américain. Il rend crédible l’idée qu’un rappeur blanc puisse être pris au sérieux dans le hip-hop mainstream, tout en étant à la fois brillant, ridicule, terrifiant et vulnérable. Et surtout, il laisse derrière lui quelque chose de très rare : un personnage plus célèbre encore que son créateur.

Manu : Et au fond, c’est peut-être ça, le plus impressionnant.

Olivia : Avec The Slim Shady LP, l’Amérique entière a ri, a eu peur, s’est indignée et a chanté avec un personnage imaginaire qui lui tendait un miroir grossissant. Au fond, le génie d’Eminem, c’est peut-être d’avoir compris avant tout le monde qu’une société fascinée par le scandale ne pouvait pas résister à quelqu’un qui transforme ses traumatismes en divertissement. The Slim Shady LP a fait d’un gamin pauvre de Detroit une superstar. Mais surtout, il a prouvé qu’un personnage imaginaire pouvait devenir plus célèbre que la personne qui l’avait inventé.

INSERT — Eminem, « The Real Slim Shady »

Manu : Merci Olivia pour ta super chronique ! Alors cet extrait, c’est la suite de l’histoire. Quinze mois plus tard, Eminem sort The Marshall Mathers LP. Et cette fois, c’est son vrai nom sur la pochette. Parce qu’entre-temps, le masque a bouffé son visage ! Des milliers de gamins se teignent en blond et se prennent tous pour Slim Shady. Alors il écrit un morceau pour se demander lequel des deux est le vrai.

C’est toute l’ironie de l’histoire : il s’était inventé un personnage pour pouvoir tout dire. Et finalement, ce personnage lui a piqué le micro.

Le making-of de "The Slim Shady LP"

Manu : Allez, on va remonter maintenant à la fabrication de The Slim Shady LP, l’album qui transforme Eminem en star mondiale. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le disque ne commence pas dans le studio de Dr. Dre.

Grégoire : Non. L’histoire commence bien avant, au Studio 8, une structure modeste installée au 430, 8 Mile Road, cette route qui sépare littéralement Detroit de ses banlieues, avec les Bass Brothers, Jeff et Mark Bass, deux producteurs qui ont découvert le prodige à l’époque de ses battles de rap. Et donc, avant même sa rencontre avec Dr. Dre, Eminem travaille déjà avec eux sur le personnage de Slim Shady, qui deviendra l’alter ego du rappeur, sorte de mauvaise conscience de l’Amérique.

À ce stade, Eminem et les Bass Brothers travaillent encore avec des moyens beaucoup plus modestes que ceux dont il disposera quelques mois plus tard chez Dr. Dre.

Manu : Et puis il y a Los Angeles.

Grégoire : Oui. Après les Rap Olympics de Los Angeles, Eminem perd en finale, mais deux employés d’Interscope viennent lui réclamer une cassette et font parvenir le Slim Shady EP à Jimmy Iovine, qui le fait écouter à Dr. Dre. Ce dernier est scotché par l’agressivité et le flow du gamin, et veut immédiatement le rencontrer. Cela se passera chez Interscope. Marshall est ultra-intimidé dans son survêtement jaune fluo, mais il n’a pas trop le temps de réfléchir : il se retrouve déjà dans le studio personnel de Dr. Dre, aménagé à l’époque directement dans sa maison de Los Angeles. Et là, on peut dire que ça démarre très fort !

INSERT — The Defiant Ones (HBO, 2017)
https://www.youtube.com/watch?v=wgztAU7p-WM

Dr. Dre : « À l’époque, j’avais un studio chez moi, alors je suis allé assembler quelques samples, j’ai fait quelques trucs sur la boîte à rythmes, et je l’ai invité à venir. Je lui ai dit : “Écoute, j’ai monté ce sample. Dis-moi si ça te plaît. Tu veux entendre un de mes morceaux ?” J’ai lancé la boîte à rythmes, ça a duré peut-être deux ou trois secondes, et il a juste dit : “My name is…” Et là, j’ai coupé court : “Yo, arrête. C’est trop génial.” Voilà ce qui s’est passé le premier jour, dès les premières minutes où on était dans le studio. Du coup, il se met à chanter ce refrain, et j’adore ça. Tout à coup, je me dis : “OK, je vais devoir revoir mon processus d’enregistrement.” »

Eminem : « C’est le meilleur producteur qui soit. Je suis chez lui, putain, en train d’enregistrer. Je n’y connais rien du tout. Je voulais juste m’assurer que pour chaque beat qu’il me faisait écouter, j’aie un couplet prêt à l’emploi. Je vois bien que ça fait réagir Dre, mais lui, il rigole. Il ne me décourage pas d’enchaîner les provocations. »

Dr. Dre : « Je suis complètement époustouflé. C’est juste un de ces moments où tu sais qu’il se passe quelque chose de spécial. »

Manu : Là, on vient d’écouter un extrait du documentaire The Defiant Ones, pour HBO, qui retrace le parcours de Jimmy Iovine et Dr. Dre. Bon, tant qu’on y est, c’est peut-être le moment de parler de ce sample de fou qui va propulser la carrière d’Eminem.

Grégoire : Eh oui, « My Name Is », en fait, c’est Labi Siffre, poète et auteur-compositeur-interprète britannique né en 1945, une personnalité assez singulière dans la musique soul, fantasque et géniale, qui sort en 1975 Remember My Song, sur lequel figure « I Got The… ». Un morceau très étonnant, d’abord par sa durée, plus de six minutes, et aussi parce que plus de la moitié consiste en une longue plage instrumentale, qui fera le bonheur de Dr. Dre et d’Eminem. Je vous laisse écouter cette petite merveille.

INSERT — Labi Siffre, « I Got The… » / Eminem, « My Name Is »

Alors on a vu que tout est allé très vite pour mettre en boîte « My Name Is », mais selon Eminem, cette première journée est tellement productive que plusieurs morceaux sont enregistrés en quelques heures. C’est dire le coup de foudre artistique entre Dre et le prodige de Detroit.

Manu : Et avec Dre, Eminem découvre aussi à ce moment-là une autre manière de travailler en studio.

Grégoire : Oui. Il a alors une approche assez brute de l’enregistrement. S’il rate la fin d’un couplet, il est prêt à recommencer toute la prise depuis le début. Dr. Dre lui fait découvrir le principe du punch-in : on peut revenir précisément sur quelques secondes et corriger seulement le passage raté. C’est une petite anecdote, mais elle raconte beaucoup de choses. Eminem arrive chez Dre avec une expérience de studio beaucoup plus limitée, et il découvre soudain les possibilités d’un environnement professionnel. Cependant, il conserve une habitude : privilégier des prises longues, avec l’énergie d’un couplet entier, plutôt que de découper systématiquement chaque phrase.

Manu : Après cette première rencontre, tout l’album est enregistré chez Dr. Dre ?

Grégoire : Non, et c’est là qu’il faut bien comprendre la chronologie. La rencontre avec Dre ne remplace pas les Bass Brothers. À partir de ce moment-là, Eminem travaille avec deux équipes. Dre ne produit que trois titres sur les vingt de l’album, tandis que les Bass Brothers continuent de travailler avec Eminem sur tout le reste, notamment les morceaux issus de son univers de Detroit.

Une partie de ce travail se déroule dans une petite pièce du Mix Room, à Burbank. Rien à voir avec l’image d’un immense studio hollywoodien : les Bass Brothers disposent d’un espace minuscule, avec du matériel empilé dans des racks. Au centre de leur installation : une console Mackie, Pro Tools, un Kurzweil K2000 et des séquenceurs Roland MC-50. Mais au-delà de cet aspect technique, Jeff Bass insiste sur la relation personnelle qu’il entretenait avec le rappeur à l’époque. On l’écoute dans cette rare interview donnée en novembre 2020.

INSERT — Interview de Jeff Bass (2020)
https://www.youtube.com/watch?v=-RrvZpzfrs8

« Eminem est capable de créer des histoires à partir d’un simple morceau de musique, et j’aime ça. Dès le début, il avait quelque chose à dire. Alors je l’observais presque comme un psychologue le ferait, je regardais ses expressions faciales, son langage corporel. Je me demandais : “Qu’est-ce qu’il apporte au studio aujourd’hui ? Il a l’air malheureux. Bon, je vais devoir créer un morceau de musique qui le maintienne dans cet état aujourd’hui.” Je savais qu’il était malheureux ou en colère, donc… Et s’il entendait un morceau énervé, il pouvait vraiment s’exprimer. On aurait dit que ça lui allait comme un gant. Comme s’ils étaient faits l’un pour l’autre. Je n’avais qu’à observer ce qu’il faisait, observer ce qu’il ressentait, observer comment se passait sa journée. »

Jeff Bass raconte aussi le rythme effréné au moment de la création de l’album, avec des journées pouvant approcher les vingt heures de travail. L’équipe dort quelques heures et retourne au studio. Une partie du travail consiste alors à transformer ou à réenregistrer des idées plus anciennes pour les adapter au nouvel album. Exemple avec « ’97 Bonnie & Clyde ».

Manu : Donc le morceau existait déjà.

Grégoire : Exactement. Le morceau existait déjà sous le titre « Just the Two of Us » sur le Slim Shady EP. Pour The Slim Shady LP, il est retravaillé et devient « ’97 Bonnie & Clyde ». C’est à cette étape qu’Eminem ajoute notamment la voix de sa fille Hailie, qui n’a alors que deux ans. Et les circonstances sont devenues célèbres. Eminem expliquera qu’il ne dit pas à Kim, la mère de Hailie, qu’il emmène leur fille participer à l’enregistrement. Il lui fait croire qu’il l’emmène chez Chuck E. Cheese’s, une célèbre chaîne de divertissement et de restauration. En réalité, il l’emmène enregistrer sa voix pour une chanson qui met en scène, sous une forme fictive, le meurtre de Kim.

INSERT — Eminem, « ’97 Bonnie & Clyde »

Manu : Pendant ce temps-là, les sessions avec Dr. Dre continuent.

Grégoire : Oui, et c’est là qu’apparaît « Guilty Conscience ». Le morceau repose sur ce principe théâtral de l’ange et du démon : d’un côté, Dre incarne la raison et la bonne conscience ; de l’autre, Eminem incarne la voix opposée, celle de la mauvaise conscience.

INSERT — Eminem feat. Dr. Dre, « Guilty Conscience », et le sample de « Go Home Pigs » de Ronald Stein

Et Eminem va aussi profiter du morceau pour tester les limites de sa nouvelle relation avec Dre. Il glisse une référence à l’agression de la journaliste Dee Barnes par Dr. Dre. Eminem se demande alors s’il n’est pas allé trop loin. La réaction de Dre est immédiate : il éclate de rire. Pour Eminem, c’est un signal important. Il comprend qu’il peut conserver ce qui fait son identité : l’humour noir, la provocation et le goût du malaise, y compris lorsque la cible se trouve dans la même pièce que lui.

Manu : Donc deux équipes, deux villes, deux méthodes.

Grégoire : C’est exactement ça. Et c’est seulement à la fin que se pose le véritable défi : faire sonner tout cela comme un seul album. D’un côté, les productions de Dr. Dre et Mel-Man. De l’autre, celles des Bass Brothers. Le mixage devient donc essentiel. Certains morceaux connaissent plusieurs versions avant que l’équipe trouve le bon équilibre. Il faut surtout trouver une cohérence autour de l’élément central du disque : la voix d’Eminem.

Parce que Slim Shady ne parle jamais d’une seule voix. Eminem change constamment de personnage, de timbre et d’intention. Il ajoute des doublages, des ad-libs et des voix secondaires. Il faut voir The Slim Shady LP comme une succession de strates.

D’abord, Detroit et le Slim Shady EP : Eminem et les Bass Brothers inventent le personnage et enregistrent plusieurs morceaux ou premières versions. Puis vient la rencontre avec Dr. Dre, qui provoque une accélération spectaculaire. Ensuite, pendant plusieurs mois, les deux mondes continuent de coexister : Dre produit une partie du disque, les Bass Brothers poursuivent leur travail, et d’anciens morceaux sont transformés pour intégrer l’album.

Enfin, il faut assembler, mixer et finaliser l’ensemble. Et c’est peut-être ça qui rend The Slim Shady LP si particulier. On entend encore le rappeur de Detroit, celui qui vient d’enregistrer un EP avec une petite équipe locale. Mais on entend déjà la puissance de production de Dr. Dre et la métamorphose d’Eminem en superstar du rap.

Manu : Merci Greg pour cette plongée dans la méthode diabolique de Dr. Dre et Mister Eminem ! Moi, j’ai cherché ce qui pouvait bien valoir un sticker « Parental Advisory: Explicit Content », et j’ai compté les gros mots présents dans l’album, parce que, spoiler alert, c’est vrai, il y en a quelques-uns. En numéro 3, c’est « bitch », cité 20 fois ; en numéro 2, « shit », 36 fois ; et enfin, en numéro 1… On va faire un petit quiz : à votre avis, c’est quoi ?

Évidemment, c’est « fuck », qui revient 58 fois dans l’album.

Mais attention, Eminem est loin d’être un des artistes les plus grossiers du rap game. Devant lui, il y a Biggie, Tupac ou Dr. Dre. C’est en tout cas celui qui utilise le plus de vocabulaire, si on en croit cette étude de Musixmatch parue en 2015. Eminem est le grand vainqueur, devant Jay-Z ou Tupac, et loin devant Bob Dylan ou les Beatles !

Ça, c’est mon Shady à moi, ça !

L'univers visuel d'Eminem

Manu : Allez, on passe maintenant à l’univers visuel de cet album avec toi, Fanny. Et vu la violence des lyrics, on va voir que la pochette, elle est bien trash aussi !

Fanny : À vrai dire, je n’avais aucun souvenir lié à cet album en dehors des clips, donc cette pochette, c’est un peu une découverte pour moi, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on baigne dans le glauque direct. Ce qu’on voit, techniquement, c’est un photomontage numérique fait sur ordi par Mark LeRoy, de l’agence True Interactive. L’esthétique, c’est du pur Photoshop de la fin des années 90, avec un noir et blanc recouvert d’un filtre bleu qui donne un effet film d’horreur nocturne un peu gothique.

Le photomontage prend pour base une photo d’Eminem prise par Danny Hastings au bord de l’océan, à Malibu précisément, sur le Paradise Cove Pier, une jetée en bois qui s’étend dans l’eau avec des barrières blanches. Au deuxième plan, on voit Eminem et sa fille Hailie, qui se tiennent debout derrière le garde-corps. Il fait nuit, la lune est pleine et démesurément grande dans le fond. Au premier plan, dans le coin gauche, on aperçoit le coffre ouvert d’une Chevrolet, avec les deux jambes d’un cadavre qui en sortent. Cette image est une illustration de la chanson « ’97 Bonnie & Clyde », dans laquelle Eminem fait le récit d’une virée au bord de l’eau avec sa fille pour se débarrasser du corps de sa femme Kim, la mère de Hailie. Un thème féminicide nauséabond qu’on retrouvera plus tard sur les titres « Kim » et « Stan », sur The Marshall Mathers LP.

Sous couvert de s’inscrire dans une tradition de la murder ballad ou de l’horrorcore, comme a pu l’écrire la presse américaine de l’époque, Eminem se déchaîne, vomit sa rage et produit quelques-uns des titres les plus trash de l’histoire du rap US.

Manu : C’est de l’art, diront certains, et pourtant ces trois chansons que tu cites auront des répercussions très concrètes dans le réel.

Fanny : La première, c’est qu’après avoir tenté de mettre fin à ses jours, au bout d’années d’une relation toxique et explosive, Kim porte plainte contre Eminem pour diffamation, car elle n’apprécie pas trop les paroles qu’il écrit sur elle, ce qui mènera fatalement le couple au divorce.

La deuxième conséquence, c’est le meurtre d’une étudiante à Londres en 2004, par un psychopathe tellement obsédé par Eminem qu’il s’était décoloré les cheveux et fait tatouer les mêmes tattoos que lui. Le soir du meurtre, il donne rendez-vous à sa victime au karaoké, où il rappe des chansons d’Eminem, puis ils partent ensemble, il la tue et cache son corps dans une valise.

Voilà, voilà… S’il avait mieux étudié la pochette de The Slim Shady LP, il aurait peut-être vu le gros sticker « Parental Advisory: Explicit Content » apposé dans le coin droit, qui rappelle que oui, les paroles sont violentes et le disque à ne pas mettre entre toutes les mains. Comme quoi, ce sticker avait peut-être une utilité, finalement…

Et je reviens sur cette pochette, après cette parenthèse fait divers : on y retrouve le logo d’Eminem, qui existait depuis 1996 mais a été modernisé ici avec une police Bank Gothic. À partir de l’an 2000, on trouvera sur ce logo un « E » inversé, qui deviendra une signature visuelle pour le reste de la carrière d’Eminem, mais The Slim Shady LP, c’est le dernier album sur lequel on trouve l’ancien logo.

En bas à droite de la pochette, par contre, on voit le nom de l’album écrit à la main, dans un style enfantin, avec des couleurs vives. C’est, si j’en crois le site Eminem.net, une caractéristique graphique des patients atteints de schizophrénie, une référence un peu WTF au personnage de Slim Shady, l’alter ego dérangé d’Eminem. Il réutilisera ce graphisme 25 ans plus tard sur The Death of Slim Shady.

Au verso de la pochette, on trouve un portrait argentique du rappeur pris par Danny Hastings, en studio, baigné d’une lumière bleue inquiétante. Il est torse nu, les yeux fermés, et se tient le crâne entre les mains. J’ai vraiment l’impression que toutes les photos utilisées dans l’album nous montrent la figure de Slim Shady, et que finalement Eminem n’apparaît pas, et encore moins Marshall Mathers.

Manu : À l’intérieur du livret, on découvre tout un tas de dessins : une momie, une caravane, des pilules de Vicodin qui hurlent. On se demande un peu ce qu’ils ont fumé…

Fanny : Ces dessins, on les doit à SKAM2?, un rappeur et artiste de l’entourage d’Eminem, qui connaissait sa musique sur le bout des doigts, et à qui Em et son agent Paul Rosenberg ont donné carte blanche pour illustrer l’album.

SKAM2? a puisé son inspiration directement dans les textes d’Eminem. Par exemple, la momie avec un rasoir planté dans le poignet vient d’une réplique de la chanson « Cum On Everybody », où il dit : « Si jamais tu vois un clip pour cette merde, je serai sûrement déguisé en momie, les poignets tranchés. » Il y a aussi la caravane, inspirée par le récit, peut-être fictif, d’une enfance vécue par Eminem dans les trailer parks, ces lotissements de mobil-homes typiques des coins pauvres des États-Unis. La pilule de Vicodin, tout comme les champignons, sont d’autres extensions visuelles des paroles, avec notamment de nombreuses références aux médicaments, à la drogue et à la déchéance que tout cela amène.

Manu : Et ces dessins aussi, ils sont faits sur ordinateur ?

Fanny : Eh bien non, ils sont faits à la main, avec des marqueurs, sur du papier Bristol, ce qui ne laissait aucune marge d’erreur. En gros, si SKAM2? se foirait, il fallait recommencer de zéro. Un processus artisanal digne des vrais dessinateurs de bande dessinée, pour un résultat pop devenu culte.

Manu : Bon, et niveau clip, on passe à « My Name Is » ? Parce que bon, c’est un peu le tube qui a tout déclenché, non ?

Fanny : Ah bah clairement ! « My Name Is », c’est LE clip qui a propulsé Eminem sur le devant de la scène, et c’est un vrai ovni dans l’univers du rap US. Il a été réalisé par Philip G. Atwell, un réal déjà habitué à bosser pour Dr. Dre, et qui filmera ensuite « Stan », « Lose Yourself », « The Real Slim Shady », etc.

En 99, Eminem n’a qu’un seul clip à son actif : un truc low-cost en noir et blanc, pour le single « Just Don’t Give a Fuck ». J’ai noté que dans la vidéo, il est déjà très en colère et tente d’étrangler sa grand-mère. Sympa. Niveau prod, on est loin d’un truc digne d’un futur roi du rap.

Mais « My Name Is », là, c’est un autre level. Grosse équipe, gros budget, tournage à Los Angeles : Dre le pygmalion fait passer son poulain à la vitesse supérieure. Le clip commence avec un couple de white trash stéréotypés avachis devant leur télé, lui bedonnant en marcel, entouré de canettes de bière, elle en nuisette, qui sirote un whisky en clopant. Ils zappent et tombent sur « The Slim Shady Show, starring Marshall Mathers ». Et c’est parti pour une succession de scènes délirantes dans lesquelles Eminem se déguise et se met dans la peau de plusieurs personnages : un présentateur télé des années 60 façon Pee-wee Herman, un prof de chimie, le rockeur Marilyn Manson, Slim Shady enfermé à l’asile avec Dr. Dre dans le rôle du psy. Eminem se transforme même en Bill Clinton, accompagné d’un sosie de Monica Lewinsky qui s’échappe de derrière le pupitre en s’essuyant les lèvres. Le clip alterne entre différents types de décors, comme si on zappait entre les chaînes, avec des variations de grain d’image pour marquer les changements d’époque.

Manu : Il y a une scène où Eminem joue une marionnette aussi, non ?

Fanny : Oui, dans cette scène, le mec qui joue le ventriloque, c’est un ancien joueur de basket qui mesure 2,31 m, Gheorghe Mureșan. Ils l’ont casté pour qu’Eminem puisse s’asseoir sur ses genoux et avoir l’air d’une vraie marionnette. Le résultat est vraiment très drôle. Enfin, en tout cas, je me rappelle que ça me faisait délirer à l’époque.

Manu : Et il y a des rumeurs comme quoi Eminem était défoncé pendant le tournage…

Fanny : Bah franchement, ça ne serait pas étonnant, vu qu’il carburait aux stups depuis quelques années déjà et qu’il en parlait ouvertement. Mais évidemment, cette rumeur-là concernant le clip, il ne pouvait pas la valider. Donc aux gens qui sous-entendent que dans la scène où il imite Bill Clinton, il a des pupilles très noires parce qu’il est sous ecstasy… Eminem répond dans la presse que c’est faux ! Bouuuh ! Une légende urbaine de plus à ajouter à la mythologie Eminem !

Manu : Et donc, en résumé, ce clip, c’est un peu la clé du succès d’Eminem ?

Fanny : C’est très probable. « My Name Is » et son clip, il faut le dire, ultra-drôle, cynique et intelligent, ont été diffusés en masse à la télé. Ils ont montré au monde ce qui fait l’essence de Slim Shady : un mélange de provocation, d’humour noir, de chaos et de génie. Et surtout, le clip a prouvé qu’Eminem n’était pas juste un simple bad boy de Detroit, mais un artiste qui pèse, un showman, et finalement un white trash en lutte contre la société, lui aussi. Il a su parler à une Amérique qui ne se reconnaissait pas dans le rap traditionnel, et il a réussi à fédérer un public bien plus large que les simples frontières de Detroit, plus large que les simples frontières des États-Unis. Je pense que c’est avec lui que le rap est devenu le style musical qui a détrôné durablement le rock en tête des charts. Et ça, c’est un accomplissement complètement dingue qu’il faut savoir applaudir !

Manu : Applaudissements, s’il vous plaît, pour Fanny également, merci pour cette analyse !

Alors, le rap qui détrône le rock, je suis d’accord. Mais l’ironie, c’est que pour faire signer Eminem, les Bass Brothers sont allés chercher leur argument de vente dans le rock. Chez Interscope, ils l’ont présenté comme « le Marilyn Manson du rap ». Même méthode, même recette. Brian Warner s’invente Marilyn Manson, Marshall Mathers s’invente Slim Shady, et chacun se planque derrière son personnage dès qu’on l’accuse.

Et justement, après le drame de Columbine, en avril 99, ils héritent tour à tour du même rôle de coupable idéal. Pour se défendre, Eminem écrira l’année suivante « The Way I Am », un morceau où il renvoie la faute aux parents plutôt qu’à la musique. Et dans le clip, évidemment, Manson est là, debout derrière lui.

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Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.

Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !

« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »

Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “