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Retranscription de l'épisode

EN QUELQUES MOTS

Aujourd’hui, direction Athens, en Géorgie, avec R.E.M.  Pionniers du rock alternatif, héros des radios universitaires, Michael Stipe et sa bande ont passé dix ans à écumer les bars et l’underground américain. En 1991, R.E.M. sort son septième album : Out of Time.

Un disque « hors du temps », justement — avec un riff de mandoline improbable, des arrangements baroques et des textes énigmatiques. On y trouve des ballades crépusculaires comme « Low » ou « Country Feedback », mais aussi des hymnes imparables comme « Shiny Happy People » et bien sûr « Losing My Religion ». Contre toute attente, Out of Time propulse R.E.M. au sommet : le groupe décroche un premier numéro 1 aux États-Unis, six MTV Video Music Awards, et des millions d’albums vendus à travers le monde.

Lentement mais sûrement, R.E.M. s’est imposé comme l’un des groupes rock les plus populaires de la planète, et ce, sans même faire de tournée promotionnelle ! Mais comment ces quatre outsiders ont-ils réussi à conquérir les charts avec un disque que leur propre maison de disques trouvait trop bizarre ? C’est ce qu’on va vous raconter dans cet épisode !

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Retour en 1991

Voilà pour les 11 titres d’Out of Time ! Pas de titre bonus sur les éditions de l’époque — ni au Japon, ni ailleurs. R.E.M. faisait les choses sobrement : 11 morceaux, pas un de plus.

L’album sort le 12 mars 91 en CD, cassette et vinyle sur Warner Bros Records. 

1991, c’est une année dingue pour le rock. U2 se réinvente avec « Achtung Baby », Metallica sort son « Black Album », les Guns N’ Roses lâchent les deux volumes de « Use Your Illusion », et en septembre — six mois après R.E.M. — un trio de Seattle nommé Nirvana va tout faire basculer avec « Nevermind ». Le grunge arrive, et R.E.M. vient de prouver qu’on peut être numéro 1 sans jouer dans la même cour.

En France, la scène alternative explose : Noir Désir sort « Du ciment sous les plaines », Mano Negra débarque avec « King of Bongo » et son concert mythique à la Défense, et Les Négresses Vertes enchaînent avec « Famille nombreuse ». Côté charts français, c’est l’album « L’autre… » de Mylène Farmer qui domine les ventes depuis mai 1991.

C’est aussi une année marquée par la fin de la guerre du Golfe en février, et en France, par la disparition de Serge Gainsbourg quelques jours avant la sortie d’Out of Time. Au cinéma, on va voir « Danse avec les loups », « Terminator 2 », et un petit film français complètement barré : « Delicatessen » de Caro et Jeunet. « Cyrano de Bergerac » rafle 10 Césars.

La story de R.E.M.

Manu : Out of Time, ce n’est pas seulement l’histoire d’un disque devenu culte. C’est aussi la trajectoire d’un groupe qui, arrivé au sommet, va refuser les codes de la pop music. Et ça, en 1991, c’est presque une provocation, Olivia. Mais comment ces quatre types d’Athens, en Géorgie, en sont arrivés là, presque sans le vouloir vraiment ?

Olivia : Pour comprendre Out of Time, il ne faut surtout pas le considérer comme un événement isolé. Ce disque n’est pas un point de départ. C’est un point d’aboutissement. Presque un accident de parcours… mais un accident parfaitement logique.

R.E.M., à la fin des années 80, c’est déjà une anomalie. Ils ont survécu à l’underground sans s’y fossiliser. Ils ont signé chez une major sans devenir des rock idols à guitares. Ils ont grandi lentement, méthodiquement, album après album, sans tube évident, sans scandale, sans mythe autodestructeur. Marcus Gray, leur biographe, parle d’un groupe qui a avancé par « érosion » plutôt que par explosion. R.E.M. n’a jamais forcé les portes : elles ont fini par céder toutes seules.

Tout commence à Athens, en Géorgie, à la fin des années 70. Michael Stipe rencontre Peter Buck dans un magasin de disques. Buck y travaille. Et Stipe y achète… exactement les disques que Buck se mettait de côté pour lui-même :  

Ils croisent Mike Mills et Bill Berry, deux amis d’enfance, étudiants comme eux. Il n’y a pas de plan de carrière, pas de vision stratégique. Stipe le dira lui-même : « Il n’y avait pas de grand plan derrière tout ça. » Leur premier concert a lieu dans une ancienne église épiscopale, pour l’anniversaire d’un ami.  Ils hésitent sur des noms franchement improbables : Twisted Kites, Cans of Piss, Negro Wives ; avant de choisir R.E.M., au hasard dans un dictionnaire.

Je vous en donne donc la définition, car c’est souvent une question au Trivial Pursuit : 

“REM, Rapid Eye Movement” (mouvement oculaire rapide) est le nom donné à l’étape du sommeil paradoxal durant laquelle les globes oculaires s’agitent rapidement alors que le dormeur rêve.”

Très vite, ils lâchent les études, prennent la route dans un vieux van bleu avec deux dollars par jour pour manger. Bill Berry résumera ça plus tard, avec son sens de la formule :

« Quand vous vivez dans un van ensemble pendant cinq ans, vous devenez vraiment très proches ». 

Olivia : Ils tournent dans un Sud des États-Unis où le rock alternatif n’a même pas encore de circuit. Les salles sont petites. Les cachets inexistants. Mais le bouche-à-oreille fonctionne. R.E.M. devient ce groupe dont on parle sans trop savoir comment le classer : trop étrange pour la radio commerciale. Trop mélodique pour rester confidentiel. 

Pendant l’été 1981, R.E.M. enregistre son premier single, Radio Free Europe. Malgré son tirage limité, le single reçoit de très bonnes critiques ; il est cité parmi les dix meilleurs singles de l’année par le New York Times. Je vous propose d’écouter une version live de 1984 enregistré à Rock City, Nottingham : 

INSERT — REM “Radio Free Europe” (original version)
https://www.youtube.com/watch?v=2sUD93bVPUo 

En 1983, leur 1er album Murmur est chaleureusement accueilli par la critique. Le magazine américain Rolling Stone en fait son album de l’année, devant Thriller de Michael Jackson, et le disque atteint la 36e place du classement des albums du magazine Billboard. Les ventes ne sont pas encore incroyables mais quelque chose de précieux s’installe déjà : la crédibilité. R.E.M. fait alors sa première apparition à la télévision nationale dans l’émission Late Night with David Letterman. Nous sommes le 6 octobre 1983 : 

INSERT — REM “So Central Rain” Live on Letterman
https://www.youtube.com/watch?v=dW62Q0TTgS0

 

Manu : R.E.M. ne devient donc pas célèbre du jour au lendemain. 

Olivia : Non, mais le groupe devient une valeur sûre. Un groupe qu’on va voir sur scène sans connaître les chansons. Un groupe qu’on achète sur recommandation, pas sur un tube. Sans hit, mais avec une réputation. Sans image imposée, mais avec une identité très forte. 

Ce n’est donc pas une success story classique, c’est une addition de tempéraments improbables. Michael Stipe écrit des textes opaques, émotionnels, presque rétifs à toute explication. Il refuse très tôt de jouer au frontman conquérant. Il est le visage du groupe, mais rarement son chef. Peter Buck pense la musique comme un archiviste passionné. Mike Mills est le plus “pop” du groupe : la mélodie, l’harmonie, l’efficacité. La colonne vertébrale discrète, c’est lui. Enfin, Bill Berry, méthodique et terrien, transforme les idées abstraites en quelque chose de concret

Ensemble, ils forment un groupe sans leader évident, sans ego spectaculaire. Ce qui, paradoxalement, les rend presque déjà suspects dans l’histoire du rock ! Ils deviennent donc cultes avant d’être riches. 

 

Manu : Et la presse identifie le potentiel du groupe :  le magazine Rolling Stone les met en couverture du numéro de décembre 1987 et déclare tout simplement R.E.M. « meilleur groupe de rock’n’roll américain” !

 

Olivia : Pourtant, R.E.M. se méfie profondément de la logique du tube. Chaque fois qu’ils s’en approchent, ils bifurquent. Même quand l’album Document explose avec le single The One I Love, en 1987. 

 

INSERT — R.E.M. – The One I love
https://www.youtube.com/watch?v=j7oQEPfe-O8

 

L’album suivant, Green, sort en 1988 et se vend à 4 millions d’exemplaires. Pour promouvoir l’album, le groupe se lance dans une énorme tournée, techniquement assez compliquée, incluant des projections de diapositives et de films sur scène. Quelques mois plus tard, le groupe est rincé et décide de faire un break. Quelque chose se crispe. Le statut de “plus grand groupe alternatif du monde” commence à ressembler à un costume trop étroit.

 

Manu : C’est là que Out of Time commence à se dessiner ?

 

Olivia : Exactement. Out of Time naît d’une fatigue. Pas une fatigue créative, plutôt une fatigue existentielle : celle de devoir être R.E.M. en permanence. De devoir incarner quelque chose. Plutôt que de livrer un disque de plus, ils décident de rebattre les cartes, de redistribuer les rôles. Michael Stipe accepte de ne plus être la figure centrale. Mike Mills écrit davantage. Peter Buck se met en retrait. Bill Berry cesse d’être le moteur rythmique systématique. Les chansons ne sont pensées comme des objets autonomes.

 

Manu : C’est plutôt un choix risqué à ce moment-là de leur carrière.

 

Olivia : Totalement. Et ils le savent. R.E.M. envisage très sérieusement la possibilité que Out of Time se vende moins bien. Moins de guitares, pas de grande tournée, des chansons difficiles à catégoriser : sur le papier, c’est un contre-sens commercial. Mais ce contre-sens va tomber exactement au bon moment. Au début des années 90, le public est prêt pour autre chose. Le rock commence à se fatiguer de lui-même. Soudain, l’ambiguïté, la douceur, le doute redeviennent désirables.

 

Manu : Puis arrive 4 semaines avant la sortie de “Out of time” LE morceau qui va tout changer : Losing my religion. 

 

INSERT — R.E.M. – Losing my religion : https://www.youtube.com/watch?v=xwtdhWltSIg

quelques secondes de mandoline

 

Déjà, il faut clarifier quelque chose : ce n’est pas une chanson religieuse. C’est une expression du Sud des États-Unis qui signifie “perdre patience”, “être à bout”. Mais évidemment, chacun y projette ce qu’il traverse : rupture amoureuse, crise existentielle, doute spirituel… C’est une chanson-éponge. R.E.M. n’y croyait pas du tout commercialement parce que trop lente, trop bizarre, trop peu démonstrative. Et pourtant : numéro 4 du Billboard, rotation massive sur MTV, un clip devenu iconique.

 

Manu : Et puis il y a Shiny Happy People ?

 

Olivia : Oui, et c’est un autre moment charnière. Shiny Happy People est sorti comme second single en 1991 et devient un hit pop immédiat, avec Kate Pierson des B-52’s au chant, atteignant le top 10 aux États-Unis et au Royaume-Uni. Un vrai tube « feel-good » dans une carrière souvent prise très au sérieux. Pourtant Shiny Happy People n’est pas une ode à l’hédonisme, au contraire. C’est une référence toute en ironie à la propagande chinoise autour du massacre de la place Tiananmen, survenu en 1989.

On s’écoute la version live de l’émission TV Saturday Night Live en 1991 : 

 

INSERT — R.E.M. – Shiny Happy People

https://www.youtube.com/watch?v=18nsXa4MZAM

 

Manu : Donc ça y est, REM cartonne, ils passent en boucle à la télé nationale. 

Mais la critique, elle en pense quoi ?  

 

Olivia : À sa sortie, Out of Time est globalement très bien accueilli, mais pas unanimement adulé non plus. Le Chicago Tribune parle du disque le plus cohérent du groupe, saluant une écriture intime malgré des arrangements amples. Q Magazine évoque un groupe plus réfléchi, plus adulte, mais toujours aventureux. Même la presse britannique, toujours méfiante envers le rock américain trop sûr de lui, adopte le disque avec un plaisir évident. Les Anglais adorent l’idée qu’un groupe devienne immense sans devenir bruyant. Ce qui frappe les critiques, c’est la cohérence paradoxale de l’album : un disque sans centre, mais jamais confus.

 

D’autres sont plus réservés. Entertainment Weekly regrette un manque d’énergie par rapport aux albums précédents, là où le Los Angeles Times souligne au contraire la tension entre morceaux très accessibles et plages plus mystérieuses.

Ce désaccord critique dit beaucoup du disque : Out of Time est un album qui déplace R.E.M. juste assez pour désorienter ceux qui voulaient une suite logique, et séduire tous les autres.

 

Manu : Malgré les doutes du groupe, le public suit beaucoup plus que prévu : Out of Time devient numéro 1 aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne. 

 

Il se vend à près de 12 millions d’exemplaires dans le monde. R.E.M. passe du statut de grand groupe respecté à celui de référence culturelle globale. Et c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante : R.E.M. n’exploite pas ce succès comme on l’attendrait.

Pas de tournée mondiale, pas de triomphe scénique. Presque une forme de retrait volontaire. Out of Time devient donc un succès subi, presque embarrassant que décrit Michael Stipe :

“Le succès ne se ressentait pas comme une victoire. Il donnait plutôt l’impression de quelque chose dont il fallait s’échapper. “

 

Manu : Et le succès ne s’arrête pas là : Out of Time offre à R.E.M. sept nominations aux Grammy Awards de 1992 : le plus grand nombre de nominations pour un seul artiste cette année-là ! Le groupe en remportera trois : le « meilleur album de musique alternative » et deux pour Losing My Religion.

 

INSERT — Céline Dion remet le Grammy à REM 1992-02-25 – 34th Grammy Awards (Best Pop Performance Award for Losing My Religion)

https://www.youtube.com/watch?v=LitCDShqETg

« Nous tenons d’abord à remercier toutes les équipes de Warner Brothers, Lenny Waronker, Mo Austin, ainsi que toutes les équipes aux États-Unis et à l’international.Nous souhaitons aussi rappeler l’importance de l’inscription et du vote aux États-Unis.
Des combats essentiels sont en jeu: la lutte contre le mal-logement, la recherche contre le Sida, la crise économique, et l’accès à un système de santé national.
Inscrivez-vous. Votez. Pour que chacune et chacun puisse faire entendre sa voix. Merci. »

Manu : Out of Time, c’est aussi un geste politique fort. 

 

Olivia : Aux États-Unis, au moment de la sortie, R.E.M. accepte une proposition assez inédite : utiliser le packaging du CD pour imprimer une pétition politique qui soutient le Motor Voter Act, une loi destinée à faciliter l’inscription des jeunes sur les listes électorales. L’objectif est clair : faire voter une génération entière, et au passage affaiblir le très envahissant Parents Music Resource Center, qui milite alors activement pour la censure musicale. R.E.M. s’engage publiquement dans cette campagne et apparaît dans des messages de sensibilisation. Le résultat dépasse toutes les attentes. Trois semaines après la sortie de Out of Time, Rock the Vote reçoit plus de 10 000 pétitions signées. Un mois plus tard, elles sont amenées au Sénat dans un chariot de supermarché. La loi sera adoptée en 1993, sous Bill Clinton, et appliquée en 1995. 

 

Manu : D’ailleurs je ne sais pas si vous connaissez le podcast « Ninety-nine percent invisible (99% Invisible en français) » ? Pour eux, Out of Time est carrément le « disque le plus politiquement significatif de l’histoire américaine” ! Bon et avec le recul, qu’est-ce que Out of Time dit de R.E.M. ?

 

Olivia : Que c’est un groupe qui a toujours avancé en se décalant. Out of Time n’est pas un disque de conquête. C’est un disque de déplacement. Il raconte comment un groupe arrive à un point où continuer tout droit n’a plus aucun intérêt.

Pour notre génération, c’est souvent un album qui est entré dans nos vies sans frapper : un clip vu sur MTV par hasard, une chanson entendue sans savoir qui chantait.

C’est un album qui accompagne les moments flous : les transitions, les zones grises, les périodes où on ne sait pas encore très bien qui on est en train de devenir. Out of Time ne donne pas de réponses, il autorise le doute. Et c’est précisément pour ça qu’il vieillit aussi bien.

 

Mais derrière cette douceur apparente, il y a une leçon à retenir : parce qu’au moment exact où tout leur réussissait, R.E.M. a choisi de ne pas capitaliser. Pas de tournée, pas de formule gagnante à répéter. Juste un pas de côté. Et trente-cinq ans plus tard, si c’est devenu un classique, c’est peut-être justement parce qu’il n’a jamais essayé de l’être.

D’ailleurs, pour finir, on va vous laisser avec une version qui résume tout ça : Losing My Religion, MTV Unplugged, 1991. R.E.M. en pleine ascension, en acoustique, avec les cordes de l’Atlanta Symphony Orchestra. La chanson est mise à nu.

INSERT — Losing my Religion (MTV Unplugged)
https://www.youtube.com/watch?v=2JAjC7BSqAA

Manu : Fun fact sur ce Unplugged : il n’a pas été tourné à New York comme la plupart des autres. MTV a en fait posé ses caméras à Madison, en Géorgie — à une trentaine de kilomètres d’Athens. R.E.M. jouait quasiment à domicile. Et pour le dixième anniversaire de MTV, c’était un joli symbole : la chaîne venait à eux, pas l’inverse. Ecoutez-là c’est une petite merveille. 

Le making-of de "Out of Time"

Manu : Bon, maintenant qu’on a parlé de ce que l’album raconte, on va parler de comment il sonne. L’album sort en 1991, ça fait déjà dix ans que REM. existe. Six albums et des milliers de concerts. À ce stade-là, ils n’ont plus rien à prouver. Greg, tu t’es refait la discographie pour nous : alors, verdict ? 

 

J’ai testé pour vous les amis : je me suis fait les 6 premiers albums de REM. 

Alors pour moi…. c’est du REM du début à la fin, ils avaient déjà leur son au premier album, y’a pas un morceau où j’ai été surpris en mode « ah tiens c’est vraiment différent ».

En 10 ans il y a quand même une petite évolution, notamment au niveau de la production, de la voix qui sort du mix pour se placer devant. De la reverb qui baisse un peu…  mais ça c’est la mode de l’époque. 

Bref on va s’écouter un petit Medley des 6 premiers albums pour définir ce style. 

 

INSERT — Medley 6 albums

Ça va vous êtes pas trop perdus, vous avez reconnu le groupe ? 

 

Manu : Alors justement, si on devait mettre une étiquette sur ce son-là, on appellerait ça comment ?

 

Dans les magazines et les classifications d’experts très pointus on parle soit de : 

  • Collège rock : l’ancêtre du rock alternatif. Le nom vient des radios universitaires (college radios) qui contrairement aux grosses radios qui passent du Phil collins, du toto ou du Hard rock, les radios universitaires passent des groupes indépendants, des groupes locaux, un peu plus « intellos »
  • Jangle rock : Jangle ça veut dire gling, clang, c’est un onomatopée métallique

.

Dans les années 60 c’est les Byrds et les Beatles qu’on peut parfois qualifier de Jangele. 

 

Dans les 80’s c’est des groupes qui rejettent l’agressivité du punk et les synthétiseurs massifs des 80’s pour revenir à des structures pop classiques avec des guitares limpides avec pas beaucoup de disto. 

Y’a des milliards de groupes indé à découvrir mais on peut citer 10 000 maniacs, les Smith, un peu plus tard les premiers albums des Rambrants ou des Cramberries. 

 

Qu’est ce qu’on entend dans ces premiers albums de REM : 

  • Des chansons mid tempo, moitié rock, parfois folk.
  • On sent l’influence post punk/new wave avec des guitares avec un effet chorus. 
  • Dans les premiers albums on comprend pas bien les paroles, c’est pas hyper audible, y’a beaucoup de reverb. 
  • Au niveau du mixage on entend surtout la guitare jangle, la voix et la batterie sont sous mixé
  • Moi que j’aime dans le groupe c’est les lignes de basses, qui sont toujours géniales et comme la guitare est aiguë : ça se complète vachement bien comme un contrepoint de Bach. Et ça dès le premier album ils ont cette secret sauce… 

Moi ce que j’avais pas du tout capté chez REM c’est à quel point ils avaient influencé l’indie rock à venir, Kurt Cobain et Eddie Vedder,. D’ailleurs ils sont tous potes, et Michael stipe est le parrain de Frances Cobain, la fille de Courtney Love et… Kurt Cobain !. 

 

INSERT — les liens entre rem et le grunge 

so central rain 1984 -all apologies- Old man Kensey 1985

 

Manu : OK donc ça c’est le son R.E.M. des années 80. Et là en 91, avec Out of Time, qu’est-ce qui change ? Pourquoi ils décident de tout chambouler ?

 

Les mecs veulent se surprendre, ils ont peur de s’ennuyer et de faire un 7eme album identique, ils s’interdisent donc de faire ce qu’ils savent faire.  

Ils décident de changer d’instruments, aller plus vers l’acoustique, le guitariste va jouer de la mandoline, du banjo, de l’acoustique, pour ne pas devenir un « guitar dick » 

le bassiste va jouer des claviers et de l’orgue, mais heureusement il fait toujours ses supers lignes de basses. le batteur fait de la basse et d’autres percussions. 

Coup de théâtre…. Ils décident de ne pas faire de tournée pour cet album, alors ils peuvent pousser la production sans réfléchir à comment interpréter les morceaux sur scène, 

 

Manu : OK donc ils veulent se réinventer, changer d’instruments, ne pas tourner… Mais concrètement, ça donne quoi en studio ? Parce que j’imagine que produire un album comme ça, avec des mandolines, des cordes, des claviers, c’est pas la même cuisine que leurs disques d’avant ?

 

 

oui et non, ils commencent la préprod chez eux à Athens. Les gars se retrouvent chez le producteur John Keane et ils vont enregistrer les démos. 

Démos qui sont déjà bien bien proches des versions finales. 

 

INSERT — démo Shiny happy people

https://www.youtube.com/watch?v=hePG20KErAg&list=PLh0uBk7V4ZilIbkC2nrB44wt0ndVKmu7R&index=14

 

Pour l’enregistrement c’est Scott Litt qui s’y colle, il a déjà fait 2 albums avec eux et il en fera 3 en plus après celui-là.

Ça se passe au bearsville studio à Woodstock, dans l’État de New-York carrément une grande grange, tout est en bois, c’est dans la forêt, c’est calme, entre les prises ils se promènent dans la forêt et Ils vont faire 3 albums ici. 

Ils restent environ 2 mois sur place, alors que normalement ils expédient les albums en 1 ou deux semaines. Pourquoi ?

  • parce que comme l’album est acoustique ils prennent plus de temps à trouver le bon son dans la pièce : d’ailleurs la particularité de ce studio c’est son acoustique donc ils prennent du temps. 
  • Parce que c’est plus un groupe à 4 instruments, il y a les mandolines, les claviers, les cordes. Ils couchent beaucoup plus de pistes et ils connaissent moins bien leur instruments. 

Mixage 

ils font le mixage à Paisley Park, ça vous dit quelque chose ? C’est le studio de Prince dans la banlieue de Minneapolis. 

Une fois de plus, y’a pas vraiment de distractions autour donc ils sont focus mixing. C’est high tech, y’a l’ombre de prince qui plane, ils essayent d’ailleurs de le croiser dans les couloirs mais ça n’arrivera jamais. 

 

A la phase de mix, logiquement,  les chansons elles sont terminées, on y touche plus, sinon ça veut dire qu’on est en phase d’enregistrement..

Mais eux, ils se prennent le luxe d’ajouter des choses à ce moment là : 

 

Kate Pierson la chanteuse des B52 (qui sont eux aussi d’athens)  vient poser sa voix sur « shiny happy people » elle a pour instruction de faire ce qu’elle veut. 

  • Ils ramènent KRS one rapper sur le premier titre de l’album. Ca marche mais c’est surprenant de leur part.. Ptet qu’il se sentent vieillir. 

Manu : Bon, on a parlé du son de l’album, de comment il a été fabriqué. Maintenant j’ai envie qu’on rentre vraiment dans le moteur. Losing My Religion, c’est le morceau que tout le monde connaît par coeur, mais sur le papier y’a rien qui va : pas de vrai refrain, une mandoline, un titre qui dure bien cinq minutes… Tout pour faire un flop. Greg, tu nous décortiques tout ça ?

INSERT — Multitrack Losing my religion, pour aller jusqu’à l’overdose 

  • On commence par ce petit riff de mandoline, le guitariste se rendra compte après coup que ça lui fait penser à merry christmas mister lawrence de ryuichi sakamoto, la BO de Furyo..
  • Les gens parlent beaucoup de cette mandoline : moi je trouve que ça remplace la guitare Jangle rock sans trop nous bousculer… on écoute la mandoline comme ça on s’en debarasse…  

 

  • Mais y’a pas qu’une Mandoline, y’a des les guitares folk. Et là on se rend pas compte mais y’a déjà au moins 6 pistes. tout est doublé droite gauche. ca fait un espace stéreo
  • Mais moi ce que j’aime dans REM c’est la basse.super ligne.  
  • On construit une batterie autour… des toms. étonnant. 
  •  caisse claire avec grosse reverb cra cra 80. 

les cordes qui claquent et qui mettent de la tension.

  • batterie parait simple mais c’est trompeur 

 

Dans le mix final

  • la voix est placée bien devant
  • Beaucoup d’espace entre tous les instruments
  • Peu de reverbs artificielles, uniquement les reverberations des pièces où ils ont enregistré,  ce qui donne l’impression à l’auditeur d’être au plus près du groupe. 

 

 

Manu : Merci Greg. Et ce qui est dingue, c’est que ce morceau « qui a tout pour PAS marcher » va devenir une espèce de modèle. On parlait tout à l’heure de l’influence de R.E.M. sur le grunge, mais  Out of Time va aussi montrer à toute une génération qu’on peut faire du rock autrement — ralentir, mettre une mandoline en avant, sortir un tube de 5 minutes sans vrai refrain. Radiohead, Coldplay — ils ont tous écouté cet album-là.

Et R.E.M. vont eux-même vont prolonger cette direction avec Automatic for the People l’année suivante : encore plus sombre, encore plus orchestral. Out of Time, c’est la porte qui s’ouvre. La suite, c’est le couloir.

L'univers visuel de R.E.M.

Manu :  La suite c’est aussi avec toi Fanny (la transition de ouf) Parce qu’on a parlé du son, mais Out of Time, c’est aussi un objet visuel. Une pochette artistique et un clip légendaire avec plein de refs cool, tu as dû te faire plaiz !

Fanny : Ouaaaaais j’avoue que j’ai bien kiffé ! Alors pour Out of Time, R.E.M. nous offre une pochette qui est à la fois un manifeste artistique et écologique. Et ça, c’est en grande partie grâce à Michael Stipe, qui a toujours eu un pied dans les arts visuels. C’est le dernier du groupe d’ailleurs à avoir abandonné ses études d’art et de photo pour se consacrer à la musique. Dans une biographie d’REM, il déclare avec son ironie habituelle :

 

“J’étais aussi doué que Manet… mais à quoi bon un Master en peinture ? Autant faire des claquettes conceptuelles !” 

Bon j’avoue qu’il semble plus doué derrière un micro que muni de claquettes et pourtant… l’art reste sa première passion, c’est d’ailleurs lui pendant des années qui va créer tous les artworks du groupe. Ici, il signe la direction artistique de la pochette, en duo avec Tom Recchion, le DA de chez Warner Bros.

Manu : Un manifeste écologique tu disais. Donc l’écologie c’est pas juste un thème dans les paroles, c’est aussi dans l’image. Décris-nous ce qu’on voit sur cette pochette.

Fanny : alors, sur cette pochette on voit deux éléments principaux :

En arrière-plan, une œuvre des frères jumeaux Doug et Mike Starn, intitulée Yellow Seascape with Film and Wood Blocks. C’est une photo jaunie de l’océan Pacifique, retravaillée, tachée, grattée, presque maltraitée et recouverte de matériaux bruts comme du bois et du plastique. Pour les frères Starn, une photo n’est pas juste une image, c’est un objet à trois dimensions, avec ses imperfections et ses aspérités. Ici, le plastique qui recouvre l’œuvre évoque la pollution, comme si la mer étouffait. Un clin d’œil à l’urgence écologique, un thème déjà présent chez R.E.M. depuis Green, leur album précédent. Et petite info pour les amateurs d’art : cette œuvre des frères Starn fait partie de la collection permanente du Wadsworth Atheneum Museum of Art à Hartford, dans le Connecticut. Si jamais vous passez par-là, vous pourrez aller la voir !

L’autre élément clé de la pochette, c’est un énorme logo jaune dessiné par Ed Rogers, qui vient presque écraser l’œuvre des Starn. Ed Rogers c’est un artiste qui a passé la majorité de sa vie dans des institutions psychiatriques. Il fait partie de ce courant appelé ‘art brut’ — qui réunit les créations des artistes autodidactes, des marginaux ou des fous.  R.E.M. découvre le travail d’Ed Rogers grâce au fanzine Duplex Planet, et ils décident de le charger pour Out of Time  de calligraphier à la main le titre de l’album et les noms des morceaux, qui apparaissent à la fin du livret comme des graffitis fragiles, un peu naïfs et touchants.

Le nom du groupe et le titre de l’album apparaissent sur la pochette en Franklin Gothic. Franklin Gothic c’est LA police d’écriture américaine par excellence. On la retrouve par exemple sur le logo et les publications du MoMA, au cinéma dans Rocky, dans le générique de Star Wars et jusque sur les affiches de “War is over” de John Lennon et Yoko Ono !  

Manu : Donc si je résume : une photo d’océan en train d’étouffer, un logo art brut et une typo du MoMA. C’est plus un album, c’est un vernissage cette pochette. Et quand on ouvre le livret, ça continue dans le même délire ?

Fanny : Quand on feuillette ce livret, on retrouve partout ce mélange d’art engagé et de folie douce, grâce à un patchwork d’images très arty avec des cases de BD signées Ben Katchor, qui abordent des sujets aussi WTF que la conservation des bâtiments ou… les films pornos !

Manu : Kamoulox…

Fanny : J’te le fais pas dire ! Y’a aussi la photo du cul d’un chien et une sorte de pruneau magique devant un champ de pâquerettes, des photos de plantes signées Doug et Mike Starn, toujours dans cette veine écologique ; plus un portrait du groupe dans un champ, comme pour rappeler leur attachement à la nature.

Cerise sur le gâteau, quand on retourne le CD, à côté de la liste des chansons on découvre un appel au don pour l’ONG Earth Communications Office, qui collabore avec les industries du divertissement pour créer des messages engagés en faveur de l’environnement. Une façon pour R.E.M. de rappeler que l’art et l’engagement peuvent – et doivent – aller de pair. Et rien que pour ça je leur dis bravo !

Manu : Moi aussi je leur dis bravo. Maintenant je te propose qu’on passe au clip de “Losing my religion”. Pour ceux qui l’ont pas vu depuis 20 ans : allez le revoir, c’est toujours aussi beau.

INSERT — clip Losing my religion

Fanny : Alors pour commencer, faut s’imaginer un Michael Stipe toujours très impliqué dans l’image du groupe. Peu de temps avant, il avait eu un choc en découvrant le clip de Nothing Compares 2 U de Sinéad O’Connor – avec son plan fixe ultra intense sur le visage de Sinead. Mais Tarsem Singh, le jeune réalisateur embauché pour l’occasion, lui, avait une autre idée : « Filmons ça comme un film indien, où tout est mélodramatique et onirique. » Résultat ? Un compromis génial entre leurs deux visions.

Le clip s’ouvre dans une pièce sombre, avec de l’eau qui goutte d’une fenêtre – une référence directe au film Le Sacrifice d’Andrei Tarkovski. Cet intérieur en bois dépouillé dans lequel on voit les membres du groupe évoluer fait penser à un décor de théâtre.  On n’est pas dans le réalisme, au contraire tout est stylisé, comme une série de tableaux vivants. Des tableaux qui parlent de religion, principalement, alors que la chanson ne traite absolument pas de ce sujet.

Manu : Mais attends… si la chanson ne parle pas de religion, pourquoi tout ce délire mystique dans le clip ?

Fanny : Ces références religieuses elles sont assumées mais totalement détournées aussi, selon des codes queer avec une bonne dose d’homoérotisme, ce qui vaudra au clip de se faire censurer en Irlande. Je vous disais tout à l’heure que Tarsem Singh voulait reprendre l’esthétique ultra kitsch de Bollywood, mais finalement dans une interview qu’il donne à Rolling Stone en 2016, il révèle les véritables inspirations derrière ces scènes religieuses :

« Il y a une nouvelle de Gabriel Garcia Marquez intitulée « Un monsieur très vieux avec des ailes immenses » dans laquelle un ange bizarre débarque sur Terre et personne ne sait vraiment quoi faire de lui. C’est donc cette histoire, racontée de manière abstraite dans le style de Pierre et Gilles, ces 2 photographes gays emblématiques qui s’inspirent de la manière dont les Indiens représentent leurs divinités pour montrer des dieux occidentaux. J’ai pensé qu’il serait intéressant qu’un Indien copie deux Français qui copient des œuvres indiennes. »

Fanny : Franchement, c’est culotté ! Dans ce clip, Tarsem Singh alterne donc entre des scènes célestes inspirées de Pierre et Gilles nous montrant par exemple un ange noir aux cheveux platine ou des dieux hindous. Il y a même une scène où un Saint Sébastien transpercé de flèches apparaît, lascif et androgyne – un clin d’œil au réalisateur anglais Derek Jarman, qui adorait mélanger le sacré et le subversif. Puis on voit des scènes terrestres avec des personnages caricaturaux inspirés de Garcia Marquez, du Caravage et d’affiches de propagande soviétique ; et enfin les plans minimalistes avec REM ou bien Stipe, seul dans cette cabane en bois, comme entre deux mondes. Il chante et danse de manière maladroite, prenant exemple apparemment sur des prestations scéniques de Sinead O’Connor et de Morrissey, comme il l’admettra en 1994 dans une interview. Cette danse cheloue renforce l’idée de doute, de crise intérieure, de perte de repère.

Mais le plus beau dans tout ça, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. En fait ce clip c’est le premier gros contrat de Tarsem Singh qui était étudiant à l’époque. Il stressait tellement qu’il allait gerber entre les prises... Le pauvre petit chat !  C’est bien la preuve que même les chefs-d’œuvre naissent dans la panique !

Manu : Et malgré tout ça (le malaise, le vomito entre les prises) ça donne quoi à l’arrivée ?

Fanny : un énorme carton ! 6 récompenses aux MTV Video Music Awards en 1991, dont Clip de l’année et Meilleure réalisation. 2 récompenses l’année suivante aux Grammy Awards, Meilleur Clip et Meilleure Performance Pop. Et en 2020, Losing My Religion est devenu le premier clip de R.E.M. à dépasser le milliard de vues sur YouTube. Pas mal pour une chanson qui parle de doute et de perte de foi, non ?

Et pour finir ce que je trouve ouf aujourd’hui, en 2026, c’est que les thèmes abordés par cette pochette et ce clip résonnent encore : les questions de foi et d’environnement, la quête de sens sont plus brûlantes que jamais. Je sais pas si c’est eux qui étaient visionnaires ou si c’est juste que l’humain ne progresse jamais. Enfin j’ai ma petite idée mais je voudrais pas plomber l’ambiance ! haha

Manu : Merci Fanny ! Et t’as raison : en 91, R.E.M. posait déjà les questions qu’on se pose encore aujourd’hui. Visionnaires ou pessimistes, on ne tranchera pas ! 🙂

Fun fact : La chanson fut diffusée à deux reprises dans la série Beverly Hills 90210. La première fois dans Affaires de cœur (épisode 1, saison 2, 1991), lors de la séquence de la rupture entre Brenda et Dylan. La deuxième, dans Autorité parentale (épisode 20, saison 3, 1993), lorsque Brenda l’écoute en boucle au moment de sa seconde rupture avec Dylan.
https://youtu.be/rR6aHG1gPFI?si=lPRstz9Y4813tFsM&t=92

En attendant, voilà la story de Out of Time ! Un album « hors du temps » qui a propulsé quatre mecs de Géorgie au sommet des charts mondiaux avec une mandoline. C’est plutôt pas mal non ?

À PROPOS DE RADIO K7 PODCAST

Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.

Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !

« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »

Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “