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EN QUELQUES MOTS

Dans cet épisode on va vous parler de Moon Safari, le disque qui va ouvrir une nouvelle voie au sein de la french touch.

Alors que la techno prend d’assaut la FM avec ses gros beats bien lourds, la surprise de l’année 98 vient d’un album tout gentil de pop folk électronique. La révélation vient de Versailles où Nicolas et Jean-Benoît catapulte au reste du monde leur premier album signé Air.

“Moon Safari” est un ovni folk, composé de synthétiseurs, d’orgues, de tambourins et de guitare électriques. C’est un disque sensuel et planant qui va cartonner sur les radios du monde entier grâce à “All I need”, “Kelly watch the stars” et bien sûr “Sexy boy”.

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Retour en 1998

Voilà pour les 10 titres de Moon Safari. C’est le tout premier album de Air. Il sort le 19 janvier 1998 en Compact disque, Cassette, vinyle et MiniDisc sur le label Source chez Virgin.

On le retrouve sur les bornes d’écoutes de la FNAC du “Mezzanine” de Massive Attack, “Clandestino” de Manu Chao, du “Miseducation of Lauryn Hill” ou encore de “You’ve come a long way baby” de Fatboy Slim. Tiens comme par hasard ! Je vous renvoie donc directement à nos épisodes précédents mais soyez sympas attendez la fin de celui-là 🙂

1998 est bien sûr marquée par la victoire des Bleues en Coupe du Monde et la première techno parade qui réunira 200.000 personnes ! En quelques mois la musique électroniques est partout dans les Club et les supermarchés, on lui créé même une catégorie dédiée aux Victoires de la musique. Et à votre avis qui va la remporter l’année suivante ?

La story de Air

Manu : Olivia, on va maintenant revenir un petit peu en arrière sur la genèse d’un groupe, à la géométrie variable.

Olivia : L’histoire débute dans les années 1980 au lycée Jules-Ferry de Versailles, où étudient Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin. Avec Alex Gopher, Xavier Jamaux et Etienne de Crécy, ils décident de se lancer dans la musique. Le groupe s’appelle Orange et hélas, ils n’ont laissé que quelques cassettes. Du coup, je n’ai rien à vous faire écouter malheureusement.
On sait en revanche que ces débuts sont assez loin du style de Air et que les maisons de disques n’en ont pas voulu car ils chantaient en anglais .

Alex Gopher dira plus tard : « Rien que par rapport à ces refus, nos succès respectifs sont une belle revanche. A l’époque, on était vraiment persuadés d’être le meilleur groupe de rock du monde, on prenait ça tellement au sérieux que ça nous a permis d’y croire jusqu’à aujourd’hui. »

Malheureusement après le lycée, Nicolas et JB se détournent un peu de la musique. Ils se lancent dans des études plus « sérieuses » d’architecture et de mathématiques.

INSERT – Klub des Loosers
2e couplet de « Sous Le Signe Du V » de Klub Des Loosers :

« Enfermés dans leurs chambres, Jean-Benoît et Nicolas écoutent les Pink Floyd.

En rêvant de fonder un groupe de rock pour pouvoir vivre de leur musique.
Mais perdus entre les 3 Avenues ils entendent la ville leur chuchoter.
Qu’un vrai métier c’est architecte ou professeur de mathématiques »

Réactions de Manu et Greg.

En 1995, un ami convainc Nicolas, qui vient donc de finir ses études d’architecte, de se remettre à la musique et il écrit un titre instrumental en hommage à l’architecte Le Corbusier, Modular Mix, qu’il présente, sous le pseudonyme de Air, au label Source. Le morceau est retenu pour la compilation Source Lab et connaît un certain succès.

INSERT – Modular Mix

De son côté, Jean-Benoît Dunckel qui lui donc est devenu prof de physique, joue dans un groupe, Le Dynamo, tout en étant pianiste de bar dans le quartier latin de Paris.

À la suite du mini succès de Modulor, Nicolas, qui ne veut pas continuer seul, propose à Jean-Benoît d’écrire avec lui. Ils composent quelques morceaux qui sortiront d’abord en singles, puis en 97 dans l’EP « Premiers symptômes ». On peut rapidement écouter Casanova 70 et J’ai dormi sous l’eau.

Ce qui nous marque c’est ce son déjà très influencé par la pop des années 1960, cette ambiance cinématographique et l’utilisation, enfin plutôt l’obsession pour le Moog, ce piano électronique qui va devenir leur marque de fabrique.

INSERT – J’ai dormi sous l’eau

Nicolas et JB gardent le nom de Air pour leur groupe, qui, contrairement à la légende urbaine, n’est pas l’acronyme de « Amour Imagination Rêve » mais s’inspire du son « aérien » de leur musique.

Au début, ils vont se faire connaître en multipliant les remixes, notamment pour Neneh Cherry et Depeche Mode. Et puis, dès 96, ils se lancent dans l’écriture de leur premier album. Jean-Benoît Dunkel nous donne même quelques détails : :

« Moon Safari devait être signé sur Mo’Wax, le label de James Lavelle qui avait déjà sorti nos EP. Mo’Wax était un label branché qui éditait des supers vinyles. En octobre 1997, une fois Moon Safari mixé, on part à Londres lui faire écouter. Lui et son équipe sont littéralement conquis. La session d’écoute terminée, James Lavelle reste en haut, on descend de l’immeuble accompagné de son assistant, son bras droit. Il nous raccompagne au taxi et nous dit : « Moon Safari est un super album, mais Mo’Wax est en faillite. Si vous le sortez chez nous, cela ne marchera pas et je tiens à vous le dire ». Du coup, on a laissé trainé la sortie. Daft Punk sortait Homework en 1997, ça a cartonné. Orla Lee, une commerciale de Virgin Londres, qui vivait ses belles années avec les Spice Girls ou The Verve, a convaincu son boss que Air allait prendre de l’ampleur et qu’il fallait mettre le paquet. Elle s’est arrangée avec Philippe Ascoli pour que l’on soit « priorité internationale ». On a fait 6 mois de promo et 6 mois de clips.

Moon Safari finit par sortir en janvier 98 et c’est un succès, même si la démarche artistique n’est pas des plus faciles : la moitié du disque est instrumentale.

Et puis surtout, ce sont des mecs comme on en croise partout. Nicolas et JB n’ont pas un physique particulier, ce ne sont pas des bêtes de scènes aux costumes et maquillages extravagants. Ils ne portent pas de casque de moto (coucou les Daft !).

Non, c’est juste deux mecs super banals mais qui font une musique dingue.

Très vite Air, avec ses petits polos et ses petites mèches, investit les plateaux télé

Ils sont invités sur le plateau de Nulle part ailleurs sur Canal+ pour jouer Sexy Boy accompagné par les musiciens de Phoenix (encore des Versaillais !)

INSERT – Nulle par ailleurs
[INSERT] extrait de Nulle part ailleurs (début) :

+extrait d’ITW NPA parlé sur le refrain (extrait de Arte French touch)

Et oui, Moon Safari va cartonner en France mais partout dans le monde aussi. Il va se vendre à plus de deux millions d’exemplaires dont 90 % hors de France, fait plus que rarissime pour le premier album d’un groupe français !

Air se fait une jolie notoriété aux US, en particulier à New York et Los Angeles. Si bien que Nic Harcourt, le directeur de la radio californienne KCRW, les invite pour un concert live radio. La presse spécialisée est dithyrambique. Moon Safari apparaît en tête des classements de l’année.

Dans Mixmag, Moon Safari est qualifié de “superbement inventif qui crée un univers sonore dans votre salon, un monde où tout est plus brillant, plus chic et plus sophistiqué que la réalité”.

J’aime beaucoup aussi ce qu’en dit le journaliste de Pitchfork : selon lui, l’album correspondrait à “une structure architecturale minimaliste qui serait construite contre un arbre dans un champ de tournesols, qui ferait la queue pour  » Space Mountain « , en buvant du gin à l’étage dans un 747 (aux alentours de l’année 1974) et un documentaire sur l’industrie suédoise des années 60 ». Il ajoute que l’album est « trop ​​effronté » pour une écoute quotidienne mais qu’il n’en est pas moins romantique.

(Pitchfork writer Brent DiCrescenzo remarked that the music would befit « minimalist architecture design, shagging up against a tree in a field of sunflowers, waiting in line for ‘Space Mountain,’ drinking gin upstairs in a 747 (circa 1974), and ’60s Swedish industrial documentaries », adding that though the album is « too cheeky » for everyday listening, it is nonetheless romantic)

Et ultime consécration, Sofia Coppola les contacte pour la musique de son premier long métrage, Virgin Suicides. Elle veut utiliser l’ensemble du disque Moon Safari comme BO. Ils décideront finalement de lui composer un album tout entier pour son film.

Le making-of de "Moon Safari"

Manu : C’est parti avec toi Grégoire sur l’enregistrement de Moon Safari, je crois que t’as trouvé plein d’infos sur les secrets de fabrication de cet album…

Grégoire : Oui c’est pas toujours évident de trouver des infos sur l’enregistrement des albums dont on parle mais là pour le coup, c’est royal. En fait, le duo versaillais a levé une grande partie du voile à l’occasion des 20 ans du disque avec des interviews fouillées sur la chronologie, le matériel utilisé, etc… Autant dire, le rêve pour nous, à Radio K7.

Ce Moon Safari, commence à être mis sur orbite de septembre 1996 à mars 1997 chez Nicolas Godin dans le 18e arrondissement de Paris. C’est dans ce quartier de Montmartre que le groupe fait la connaissance de Beth Hirsh, une voisine musicienne qui posera sa voix sur les morceaux néo soul de l’album : All I need et You make It easy.

Air travaille d’arrache-pied mais les morceaux n’aboutissent pas vraiment. Le groupe se délocalise alors dans un studio loué à Saint-Nom la Bretèche en pleine forêt à 30 km à l’ouest de Paris.

Parallèlement, le duo continue à enregistrer chez Nicolas Godin avec son matériel, essentiellement des grands classiques analogiques des années 70.

A l’époque ces instruments sont un peu délaissés par les musiciens qui ne jurent plus que par le digital mais notre duo lui amasse patiemment ce matériel vintage. Chaque jour, Godin parcourt les petites annonces de Keyboard magazine et traîne à Pigalle pour dénicher des petites perles genre Minimoog, delay analogique ou encore le célèbre clavier Fender Rhodes que l’on entend notamment sur le long morceau instrumental aux sonorités jazz. Le titre débute avec un sample atmosphérique de Future Days de Can, groupe allemand de musique progressive très influent du côté de Versailles, avant de partir dans des solos virtuoses signés J-Benoît Dunckel, on écoute

INSERT – La femme d’argent

Toute l’alchimie de Moon Safari repose sur ce mélange entre le Fender Rhodes, des nappes de claviers Mini Moog ou du Korg MS 20 passé par une Delay analogique que l’on peut entendre sur les longs morceaux instrumentaux rétro-futuristes de l’album. Sans oublier bien sûr, ce son de basse bien rond et bien chaud, qui doit beaucoup à l’obsession que nourrit le duo pour le son de basse de l’album Melody Nelson de Serge Gainsbourg

INSERT – Melody Nelson

Manu : C’est un peu des geeks les Air en fait.

Exactement, c’est des geeks du son. Il parcourt les crédits de leurs albums préférés pour regarder le matériel utilisé. C’est très précis, très méticuleux et ça passe aussi par beaucoup d’expérimentations sonores avant de trouver les bons réglages. Et ça, cela ne s’est fait du jour au lendemain, si Moon Safari sonne aussi bien c’est parce que le groupe s’est beaucoup exercé, trompé à l’abri des oreilles indiscrètes, comme l’explique Nicolas Godin dans cette ITV

INSERT – ITW Godin

Manu : Greg, on était à Saint-Nom la Bretèche, qu’est-ce qui se passe après ?

Le groupe retourne à Paris pour finaliser les titres. Ils vont au Studio Gang, près du jardin des plantes, des studios hyper réputés. La touche finale est en suite effectuée au célèbre studio Abbey Road que l’on ne présente plus avec la légende David Whitaker. David Whitaker, c’est un chef d’orchestre, l’un des grands noms de la musique de film, arrangeur hors pair pour les Rolling Stones, ou encore Claude François (Comme d’habitude c’est lui). Moon Safari s’offre ainsi de sublimes ornements de cordes notamment sur le titre ce matin-là, concentrez-vous sur les violons vous allez l’entendre c’est sublime

INSERT – Ce matin-là

C’est superbe et là on reconnaît tout l’amour du duo pour les orchestrations easy listening de Burt Bacharach et l’âge d’or de la musique de film des années 70, les BO d’Ennio Morricone, on peut penser aussi à la BO du polar britannique Get Carter de Roy Budd ou encore à John Barry, auteur ce thème célèbre du film Macadam Cowboy joué à l’harmonica qui me rappelle un peu Ce matin-là de Air

INSERT – Macadam cowboy

Manu : Dans Moon Safari, il y vraiment ce côté nostalgique, c’est un album très lié à l’enfance…

Oui la nostalgie de l’enfance avec des moments baignés de tristesse mais mais aussi une dimension ludique dans Moon Safari avec ces sonorités rigolotes et kitsch qu’on peut entendre sur les titres électro-pop Sexy Boy, Remember sur lequel Air a samplé une batterie des Beach Boys ou encore le titre final, le Voyage de Pénélope

INSERT – Voyage de Pénélope

J’ai parlé également du titre Remember, c’est un morceau composé en hommage à Jean-Jacques Perrey pionnier de l’électro et figure tutélaire pour le groupe Air. Perrey fait partie des premiers dans les années 40 à populariser l’ondioline, l’ancêtre du synthétiseur analogique. Il va notamment composer beaucoup de génériques télé avec ces sonorités un peu farfelues qui vont durablement marquer les gamins de l’époque

INSERT – France 2 JJ Perrey

Ces sonorités ludiques, ce lien avec l’enfance il vient aussi de là, de JJ Perrey qui dans les années 90 est remis au goût du jour après une longue traversée du désert, il est semple par le groupe de hip-hop GangStarr et est cité comme une influencé majeure par la French Touch. Après Moon Safari, Air va même sortir un titre en duo avec JJ Perrey, ça s’appelle Cosmic Bird.

INSERT – Cosmic Bird

Manu : Au final, avec Moon Safari, Air ouvre de nouveaux horizons au sein de la French Touch.

Oui avec cet album down tempo, jazz et atmosphérique, ces longs morceaux instrumentaux et ces petites perles électro-pop, on est effectivement loin du rythme frénétique de house made in France. En fait, Air a vite compris qu’il était inutile d’essayer de rivaliser sur ce terrain-là avec les Daft Punk, ils ont donc créer leur propre univers avec cet électro rétro-futuriste planant passé à la moulinette de leurs obsessions et de leur références culturelles, la musique des années 70, Stevie Wonder, les Pink Floyd et bien sûr les musiques de films. Moon Safari c’est un disque très cinématographique, cela ne vous aura pas échappé et ce n’est évidemment pas un hasard si 2 ans plus tard, Air va marquer l’année 2000 avec la BO de Virgin Suicide.

L'univers visuel de Air

Manu : On part maintenant tout de suite à la découverte de l’univers visuel de Air avec toi Fanny !

Ça fait longtemps que j’avais envie de travailler sur Air, qui se démarque de tous les gens dont on a parlé dans Radio K7, justement parce que c’est un des rares groupes avec Daft Punk à avoir conçu de toutes pièces un univers visuel fort et identifiable.

Ça commence avec leurs fringues ! Quand tu vas voir Air en concert, les 2 sont toujours habillés en blanc des pieds à la tête, des tenues hors des modes, hors du temps, qui correspondent parfaitement à leur image Space Age des années 60. Rien que ce détail-là, c’est quelque chose que j’aime beaucoup chez eux.
Du coup j’ai dit « Space age » le mot est lâché, on est dans le même champ lexical rétro-futuriste que le titre de l’album, ce safari sur la Lune, qui correspond si bien à cette musique rêveuse et aérienne. Air, c’est un groupe qui cherche une forme d’intemporalité, tout en multipliant les références culturelles du passé et du présent.

Manu : Ok, donc qu’est-ce qu’on va trouver comme références sur la pochette par exemple ?

Bon, déjà je commence par vous dire que pour la direction artistique de cet album + des 4 clips qui l’accompagnent et du documentaire « Eating, Sleeping, Waiting & Playing » sur la tournée de Moon Safari, Air a fait appel à un seul et même homme : Mike Mills.

Mike Mills, c’est un dessinateur, graphiste et réalisateur américain, qui a créé aussi les artworks de Washing Machine de Sonic Youth et de Hot Sauce Committee Part Two des Beastie Boys. Un mec tellement important dans l’univers des 2 frenchies qu’ils lui ont dédié un titre qui porte son nom sur leur album Talkie Walkie en 2004.

Pour Moon Safari, Mike Mills va créer tout un ensemble d’oeuvres dessinées à l’encre de chine, des portraits noir et blanc au tracé très sobre rehaussés d’arrière plans graphiques colorés à l’aquarelle. Non seulement c’est très joli, mais c’est aussi très efficace.

A la fois on reconnaît bien Nicolas et Jean-Benoit mais d’un autre côté ils s’incarnent presque comme les héros d’une BD dont tu suis les aventures au fil des dessins : JB chante les mains posées sur son clavier, Nicolas gratte les cordes de sa Gibson Flying V.

Sur le devant de la pochette, on voit les 2 garçons en train de marcher avec une tenue qui rappelle celle des explorateurs du siècle dernier. Mais ils pourraient aussi bien être dans l’espace en apesanteur. A l’arrière, on voit leurs deux profils dans la moitié basse et un paysage lunaire duquel s’envole un engin moitié-combi volkswagen moitié navette spatiale.

Manu : Petit truc notable, sur l’avant à côté du nom du groupe on voit écrit « French band » comme si le disque était d’emblée destiné au marché international et qu’il fallait le préciser.

Oui, j’avoue que c’est cocasse mais ça aide bien sur les internets car si tu tapes « air » tout seul t’es mal barré avec les résultats de recherche ! Alors que « Air french band » hop tu les trouves direct ! Il doit forcément y avoir une bonne raison, car comme en témoigne en interview la directrice d’image du label Source, Nathalie Noennec, rien de tout ça n’était dû au hasard : « C’était tout à fait particulier, ces deux musiciens versaillais qu’il n’était pas évident de montrer. Nicolas Godin est un grand esthète et Jean-Benoît, c’est un rêveur. Ils ont des modèles, des références très fortes, la pochette de Dylan par Milton Glaser (profil noir/cheveux en volutes de couleurs vives) par exemple. Je ne devais ni les décevoir, ni les trahir, pas plus que leur manager et ami, Marc Tessier-Ducros (Record Makers). Lui aussi avait une vision très claire de ce que pouvait devenir – et de ce qu’est devenu – Air. »

D’ailleurs je cite le nom de Nathalie Noennec, mais il faut aussi citer Philippe Ascoli, le boss de chez Source car c’est lui qui avait très envie de travailler avec Mike Mills et qui a amené son nom dans la conversation.

Quand Air a rencontré Mills, ils lui ont soumis comme référence le nom du célèbre graphiste Milton Glaser, on l’a entendu, mais aussi des détournements de bandes dessinées de l’Internationale situationniste, un mouvement d’avant-garde révolutionnaire des années 1950/70 conceptualisé par le penseur Guy Debord.

Les situationnistes plaçaient des slogans d’extrême-gauches dans les bulles de BD, ça explique l’esthétique de dessin noir et blanc et la ligne claire sur Moon Safari…

Manu : Et ça nous permet aussi de faire la transition avec le clip de Sexy Boy, réalisé par Mike Mills et qui est un prolongement direct de cet univers dessiné seventies…

Exact, là pour le clip j’ai trouvé un petit bout d’interview intéressant. C’est Jean-Benoit qui raconte au webzine Metamusique comment s’est passée la collab :

« Nous avons alors découvert les œuvres de Mike, notamment la photo d’un chimpanzé sur fond blanc. On a accroché sur ce visuel. En prenant un café avec lui, je lui ai confié que ce serait génial de mélanger animation et séquences réelles. J’avais gardé le souvenir de ce dessin animé avec des chats qui passait l’après-midi dans l’émission Les Visiteurs du Mercredi de Christophe Izard. On a demandé à Mike de travailler sur un projet avec cet animal. Il est parti acheter un singe en peluche dans un magasin de souvenirs. Par association d’idées, singe – New York – Moon Safari – dessin animé – vraie vie – King Kong – buildings, le scénario du clip est apparu. On a donc tourné en noir et blanc à l’O.N.U et dans Central Park. »

Voilà pour Sexy Boy. Mais comme je vous disais il y a 4 clips en tout donc on retrouvera en accès gratuit sur les internets des vidéos aussi pour All I Need, sorte de mini-documentaire super cute sur le sentiment amoureux, Le Soleil est près de moi, sorte de longue bande-annonce pour le documentaire sur la tournée et Kelly Watch the Stars, sorte de fiction 70s géniale sur fond de match de tennis de table et de session d’atari pong. J’adore.

Je vous recommande d’ailleurs de vous plonger goulument dans la clipographie de AIR, dont l’univers visuel est pour moi un modèle de réussite tant il résiste aux modes et illustre à merveille au fil d’une carrière longue de 20 ans ce monde onirique et cosmique dans lequel la musique nous transporte.

À PROPOS DE RADIO K7 PODCAST

Chaque mois dans Radio K7 on discute d’un album avec mes copains autour d’une table, parfois avec des invités comme Pénélope Bagieu ou Nicolas Berno. Il y a des chroniques et des débats, on s’interroge sur l’histoire du disque : comment il a été produit, ce qui a fait son succès, et puis finalement ce qu’on a envie d’en retenir 20 ou 30 ans plus tard.

Le 5 janvier 2020, Radio K7 est devenu le premier podcast indépendant sur la musique en France au classement Apple Podcast !

« On veut redécouvrir les 90s, apprendre des trucs et se marrer. »

Manu, Fanny, Olivia et Grégoire

“ Le but de ce podcast c’est de redécouvrir la bande-son des nineties. Parce que c’était celle de notre adolescence, qui a marqué toutes nos premières fois. C’était une période où la musique a commencé à prendre une grande place dans nos vies, avec les groupes qui ont forgé notre identité mais aussi nos plaisirs coupables. “